Le Destin de Gaëlimor : création Compères 2018

PIÈCE EN QUATRE ACTES

REPRÉSENTATION
LE 18 MAI 2018

THÉÂTRE : Création Compères 2018. Atelier théâtre du lycée Ampère de Josselin (56), sous la direction de Sandrine Le Mével Hussenet et de Liliane Dauteuil. Auteurs et comédiens : élèves de CAP et de Bac Pro.

Avec les élèves des Métiers du Spectacle du lycée Louis Armand de Locminé.

Photos Steven Rahuel

Création collective : choix des thèmes principaux (steampunk et post-apocalypse) et des sous-thèmes (dictature, résistance, piraterie, réchauffement climatique et montée des eaux, magie, mythologie, dédoublement de la personnalité, amour…) ; invention des personnages par chacun des comédiens (âge, passé, destin, caractère, lien avec les autres…) ; création collective du scénario ; découpage en scènes à improviser ; écriture, mise en scène ; choix des costumes ; réalisation des costumes par les élèves des métiers du spectacle du lycée Louis Armand de Locminé (56) sous la direction de Colette Hebert, professeure ; rencontre avec un spécialiste du steampunk, Fernand Vastenaecken alias Nictoo, artiste peintre infographiste et photographe ; atelier de combat scénique avec Cédric Chavin (création collective de la chorégraphie des combats à mains nues et à l’épée, dirigée par le « maître ») ; mise en musique live par le musicien Michel Devillers et en lumière par Alain Rault ; choix d’une scénographie épurée ; réalisation d’un film-documentaire sur le making-off de la création, par le filmmaker, Steven Rahuel, ancien Compère (La Légende de Gaëlimor) ; captation du spectacle.

L’histoire : En l’an 3518, la Terre est recouverte par les océans, le monde est composé d’îles montagneuses, vestiges des anciens grands massifs des hautes montagnes. La glace et la neige ont disparu. L’eau douce est une denrée rare, devenue source de conflit, monnaie d’échange, instrument de l’oppression. Les hommes ont oublié le passé technologique de l’époque de la surconsommation des ressources terrestres, des guerres nucléaires et des guerres des religions monothéistes. Cependant, la mémoire ancestrale n’a rien oublié des mythes antiques et des rites moyenâgeux. L’animisme et la magie sont de retour sur Terre. Mais face aux catastrophes climatiques et technologiques et à la rareté des ressources, les Hommes ont oublié jusqu’à l’idée même de démocratie. Les dictatures se sont imposées sur les îles du monde, confisquant l’eau et la liberté aux peuples. C’est alors que, dans le royaume de Gaëlimor, sur le port de Flo Sanfrali, se met à souffler un vent de révolte. Tout commence avec la mort de Fahral l’usurpateur, le dictateur sanguinaire de Gaëlimor, et avec l’installation du jeune Algari sur le trône de son père. Ali, l’héritier légitime, parviendra-t-il a mener à bien la résistance et à rétablir la démocratie ? Ses complices sauront-ils vaincre les pouvoirs de la Sorcière Morlane et du tortionnaire Rat Boy ? Lima, le révolutionnaire, pourra-t-il convaincre Algari, son frère de lait, de rejoindre la cause ? Le roi des Pirates, le fameux Cacahuète, retrouvera-t-il l’arme magique que détiennent les océans ? Que pourra la petite fée Thiflo aux si petits pouvoirs ? Mais qui est réellement Lanmor, un chasseur de prime ou… ? Et si l’amour de Lambre pouvait changer le cours de l’histoire… Li San et Patrick, troubadours, anciens soldats du Royaume de Gaëlimor, ralliés à la Révolution et devenus pirates, racontent… « Oyez braves gens ! Venez ouïr l’histoire du royaume de Gaëlimor ! … »

Des visuels :

Ali entouré de ses complices
Alagri sous l’influence de Rat Boy et de la Sorcière Morgane
La troupe au grand complet, après la représentation (Photo Steven Rahuel)
Instant suspendu autour de Cédric Chavin, derrière lui, Sanga ensanglanté et la fée Thiflo inquiète… et Liliane Dauteuil (animation), Alain Rault (technique lumière) et Sandrine LMH (mise en scène)
(Photo Steven Rahuel)

Voir Cédric Chavin : https://medievaleschateaudesperes.jimdo.com/les-specialistes/c%C3%A9dric-chavin/

Le texte :

Le Destin de Gaëlimor

Par les Compères 2018, sous la direction de Sandrine Le Mével Hussenet

Mise en scène et direction

Sandrine Le Mével Hussenet, Liliane Dauteuil (co-animatrice) et Cédric Chavin (cascadeur et chorégraphe de combats scéniques)

Lumières et technique

Alain Rault (créateur lumières et technicien)

Musique

Michel Devillers (musicien)

Comédiens          Personnages

Franck et Thibaud :             Li San et Patrick       Troubadours, anciens soldats du Royaume de Gaëlimor, ralliés à la Révolution, devenus pirates.

Landry :                Algari, jeune héritier, fils de Fahral, dictateur du Royaume de Gaëlimor.

Théo :                   Rat Boy, bras droit d’Algari, tortionnaire.

Alan :                    Morlane, Sorcière aux ordres de Fahral, conseillère du jeune Algari / Lanmor, chasseur de prime à la solde des révolutionnaires.

Maël :                    Lima, ami et frère de lait d’Algari, partisan de la Révolution.

Brendan :              Ali, chef des révolutionnaires, fils de l’ancien roi assassiné par Fahral, détenteur de l’épée “Argetlame”.

Morgane :              Thiflo, petite fée.

Nathan :                Sanga, bras droit d’Ali, arrêté par Rat Boy.

Maëva :                 Lambre, révolutionnaire, à la recherche de sa sœur cadette.

Gaetan :                Cacahuète, capitaine, roi des Pirates, en mission pour la révolution.

Flora :                   Tisanli, petite sœur de Lambre, fille de Poséidon.

Lieu

Le port de Flo Sanfrali, au royaume de Gaëlimor.

ACTE I

Scène 1.

Li San et Patrick

Patrick.        Oyez braves gens ! Venez ouïr l’histoire du royaume de Gaëlimor !

Li San.         Venez jouir des aventures d’Algari, fils de Fahral !

Patrick.        On dit « Ouïr ».

Li San.         Jouir, c’est bien aussi.

Patrick.        Oui, mais là, c’est ouïr : entendre, écouter, prêter l’oreille, esgourder.

Li San.         Peut-être, mais jouir, c’est bien aussi.

Patrick.        On doit leur raconter l’histoire de Gaëlimor.

Li San.         Justement. C’est l’histoire du royaume de Gaëlimor, du jeune Algari, fils de Fahral l’usurpateur, des révolutionnaires du port de Flo Sanfrali, mené par l’héritier légitime, Ali et sa clique, faite de bric et de broc, de la Sorcière Morlane, du Pirate…

Patrick.        Chut ! Spoile pas.

Li San.         Je voulais juste dire que cette histoire est jouissive.

Patrick.        Oui, elle l’est. Mais là, il faut qu’ils puissent l’ouïr.

Li San.         Et en jouir.

Patrick.        Tais-toi. On reprend et cette fois, tu me suis.

Li San.         Je t’essuie.

Patrick.        Non, tu me suis ! Et arrête de m’énerver, sinon, tu vas pas jouir longtemps. C’est clair ?

Li San.         Parfaitement clair. Vas-y !

Patrick.        Oyez ! Brave gens ! Voici l’histoire de Gaëlimor racontée par les témoins les plus fiables qui se puisse trouver.

Li San.         Nous.

Patrick.        Spoile pas !

Li San.         Je spoile pas, je dis juste que c’est nous les témoins.

Patrick.        Oui, mais ça, ils pouvaient le découvrir après.

Li San.         A quoi ça sert ?

Patrick.        A pimenter.

Li San.         Tu pimentes, toi maintenant ?

Patrick.        Parfaitement. Oyez ! Braves gens ! C’est l’histoire de Gaëlimor.

Li San.         Racontée par Li San, moi, et Patrick, lui.

Patrick.        Mais qu’est-ce que tu fais ?

Li San.         Je précise. Faut être précis.

Patrick.        Je suis précis. Je reprends : Oyez ! Braves gens ! C’est l’histoire de Gaëlimor, racontée par Li San et Patrick.

Li San.         Faudrait peut-être leur dire d’abord à quel moment ça commence.

Patrick.        Tu recommences à m’énerver !

Li San.         C’est pour pimenter.

Patrick.        C’est pas ça pimenter.

Li San.         Pourtant, la moutarde qui monte au nez, c’est pareil.

Patrick.        (Il s’énerve, mais parvient à se calmer) Je reprends. Oyez ! Braves gens ! C’est l’histoire de Gaëlimor, en l’an 3518.

Li San.         C’est bien.

Patrick.        (Il s’interrompt, énervé, mais se reprend.) En l’an 3518. La Terre est recouverte par les océans, le monde est composé d’îles montagneuses, vestiges des anciens grands massifs des hautes montagnes. La glace et la neige ont disparu. L’eau douce est une denrée rare.

Li San.         Super rare ! Super chère. La flotte, c’est de l’or. On se bat, on oppresse, on tue, on massacre pour quelques gouttes d’eau. Les fontaines, les puits sont confisqués par les dictateurs. Celui qui récolte en douce de l’eau de pluie, celui-là se fait zigouiller direct.

Patrick.        Arrête de m’interrompre.

Li San.         Je précise.

Patrick.        Je reprends. (Comme un résumé) L’an 3518, les océans, les îles, l’eau douce devenue rare, source de conflit, monnaie d’échange, instrument de l’oppression. (Normalement) Les hommes ont oublié le passé technologique de l’époque de la surconsommation des ressources terrestres, des guerres nucléaires et des guerres des religions monothéistes. Mais, la mémoire ancestrale n’a rien oublié des mythes antiques et des rites moyenâgeux. L’animisme et la magie sont de retour sur Terre, puissances intrinsèques de l’humanité. Mais face aux catastrophes climatiques et technologiques et à la rareté des ressources, les Hommes ont oublié jusqu’à l’idée même de démocratie.

Li San.         C’est là où je voulais en venir.

Patrick.        Quoi là ?

Li San.         Aux dictatures et à la démocratie. Les dictatures se sont imposées sur les îles du monde, confisquant l’eau et la liberté aux peuples.

Patrick.        Ben oui. C’est ce que j’allais expliquer.

Li San.         C’est bien. Donc, c’est là qu’il faut leur dire qu’ici dans le royaume de Gaëlimor, sur le port de Flo Sanfrali, en l’an 3518, se mit à souffler un vent de révolte.

Patrick.        Oui, mais ça, c’est moi qui le dis : sur le port de Flo Sanfrali, en l’an 3518, se mit à souffler un vent de révolte !

Li San.         Et il faut dire que ça a commencé au moment de la mort de Fahral l’usurpateur, le dictateur sanguinaire de Gaëlimor, et de l’installation du jeune Algari sur le trône de son père.

Patrick.        A quoi tu joues, là ?

Li San.         Je précise.

Patrick.        C’était à moi de dire ça. J’allais le dire.

Li San.         Alors dis-le.

Patrick.        Je le dis : l’histoire commence au moment de la mort de Fahral l’usurpateur, le dictateur sanguinaire de Gaëlimor, et de l’installation du jeune Algari sur le trône de son père.

Li San.         C’est alors que se mit à souffler un vent nouveau sur le port de Flo Sanfrali.

Patrick.        Un vent de révolte que nous n’avions pas senti venir.

Li San.         Normal. A cette époque-là, on était tous les deux soldats du royaume, sous les ordres de Rat Boy.

Patrick.        Tu spoiles !

Li San.         Je spoile rien. Je dis juste qu’à ce moment-là, toi et moi, on était de bêtes et méchants soldats à la solde de la pire ordure qui soit, le pire tortionnaire que la Terre ait jamais porté, le dénommé Rat Boy.

Patrick.        C’est ça, spoiler.

Li San.         N’importe quoi ! Vas-y, alors, raconte toi-même, puisque t’es si fort !

Patrick.        D’accord. Alors, voilà : c’était par une nuit sans lune, sur le port de Flo Sanfrali. On vit se faufiler deux silhouettes…

Patrick et Li San s’éloignent.

Scène 2.

Lanmor et Ali

En silhouette, le chasseur de primes Lanmor et le chef des révolutionnaires Ali. Murmures et échange.

Lanmor.      Ne vous inquiétez pas, ce sera fait !

Ils sortent.

Noir.

Scène 3.

Algari et Rat Boy

(Li San et Patrick)

Li San et Patrick jouent au chifoumi derrière le trône d’Algari.

Algari semble déprimé.

Rat Boy entre. Le chifoumi s’arrête aussitôt.

Rat Boy s’incline devant Algari et lui présente une liste.

Rat Boy.      Mon Seigneur, voici la liste des arrestations et exécutions du mois. Votre père appréciait ces comptes-rendus. Il aimait être informé de l’état de la répression et de la suppression de ces… « choses ».

Algari.         Tu veux dire des résistants ?

Rat Boy.      C’est cela mon Seigneur. J’imagine que vous aurez plaisir à savoir que ce mois-ci, nous en avons arrêtés 35, sans compter les assassinats accidentels…

Algari.         Est-ce bien nécessaire ?

Rat Boy.      C’est la guerre, mon Seigneur. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. D’autant plus que ceux-là sont particulièrement pourris.

Algari.         Si tu le dis.

Rat Boy.      N’en doutez pas, mon Seigneur. Et soyez assuré de ma détermination à éradiquer, une bonne fois pour toute, toute cette vermine. Vous serez content de moi, comme le fut jadis votre père.

Algari.         Mmmmm….

Rat Boy.      D’ailleurs, pour vous le prouver, je suis assez fier de vous informer que nous venons d’arrêter le bras droit du chef des révolutionnaires, un certain Sanga. Il sera mis à la torture demain. Je vous invite à venir assister à la séance. Ce sera très instructif pour vous qui n’avez jamais accompagné votre père lors des séances de torture. Pourtant, il y en a eu de mémorables. Votre père adorait ça.

Algari.         Je sais.

Rat Boy.      Viendrez-vous ?

Algari.         Je verrai. (Il lui rend sa liste.) Merci. Vous pouvez disposer.

Rat Boy sort, suivi des deux soldats Li San et Patrick.

Scène 4.

Algari et Lima.

Algari est encore plus déprimé, seul sur son trône.

Lima entre.

Lima.           Eh bien ! Mon pauvre Algari, je te trouve encore bien triste. N’es-tu pas heureux d’être sur ce trône ?

Algari.         Je ne suis pas très à l’aise dessus.

Lima.           C’est une question d’habitude. Ton père s’y sentait très bien, lui.

Algari.         Lima, mon ami, c’est bien pourquoi je ne m’y sens pas bien, moi.

Lima.           C’est vrai que tu ne ressembles pas beaucoup à ton père. Tu dois davantage ressembler à ta mère.

Algari.         Je n’en sais rien, je ne l’ai jamais connue. Je n’ai eu qu’une seule mère, tu le sais bien, et c’était la tienne. Et je ne crois pas que ma tendre nourrice serait contente de me voir assis là-dessus.

Lima.           Maman serait fière que son nourrisson soit devenu un homme.

Algari.         Je ne suis rien devenu. On m’a placé là, simplement parce que mon père est mort. Je ne suis qu’un pantin.

Lima.           Arrête de ruminer tout ça dans ta tête. Prends ta vie en main. Décide. Fais quelque chose. Occupe-toi. Il y a bien des distractions dans ce château.

Algari.         On vient encore de m’inviter à une séance de torture.

Lima.           Joyeux. (Un temps) Rat Boy vient te voir de plus en plus souvent ces temps-ci. De quoi parlez-vous ?

Algari.         De torture. De mort. D’arrestation.

Lima.           Génial !

Algari.         J’en ai assez de cette vie-là. Je voudrais être comme toi, Lima mon frère de lait. Comme toi. Libre et sans responsabilité. Ce trône est une torture.

Lima.           Qu’est-ce que tu vas faire ?

Algari.         Je ne sais pas. Je voudrais faire quelque chose pour changer ça, mais je ne sais pas comment m’y prendre.

Lima.           Toi seul pourtant en as le pouvoir, frère. Pense à maman. Pense à tous ceux que nous avons croisés dans notre enfance et qui nous disaient qu’un autre monde était possible. Pense à la démocratie et aux droits de l’Homme. Pense aux révolutionnaires et à leurs idées nouvelles.

Algari.         En parlant de révolutionnaires. Ils viennent d’en arrêter un. Un ami à toi, peut-être.

Lima.           Qui ça ?

Algari.         Un certain Sanga.

Lima.           San… Pardon. Il faut que je sorte. (Il se précipite.)

Algari.         Où cours-tu ?

Lima.           Il faut que je sorte. Prends soin de toi, mon frère. Réfléchis. Et surtout, méfie-toi de la Sorcière !

Il sort.

Scène 5.

Rat Boy, Morlane et Algari

Rat Boy et Morlane sont à l’avant-scène. Algari ne les entend pas.

Rat Boy.      Je le trouve apathique.

Morlane.      Ce sont peut-être les drogues que je lui fais prendre.

Rat Boy.      Il ne réagit pas comme il faudrait. On lui parle de répression, il soupire.

Morlane.      Le dosage n’est pas bon. Je n’arrive pas à le manipuler. On dirait qu’une force inconnue s’oppose à ma volonté.

Rat Boy.      Il ne veut pas assister aux séances de torture. Voilà la cinquième fois que je l’invite et il répond « je verrai ». C’est invraisemblable ! Si son père voyait ça !

Morlane.      S’il voyait le résultat de nos efforts pour maintenir le royaume dans l’état où il nous l’a laissé, il ne serait pas content. Pas content du tout. Je dois revoir mes posologies. Est-ce qu’au moins, il prend bien toutes ses pilules ?

Rat Boy.      Oui, oui. Mes hommes y veillent, à chaque repas.

Morlane.      Il prend bien la jaune le matin, la rouge le midi et la bleue le soir.

Rat Boy.      Oui, oui. Mais ça ne change rien. Il est là, avachi dans son trône. On dirait qu’il pense.

Morlane.      Il pense ?! Mais c’est la catastrophe. Allons voir ça.

Ils vont vers Algari.

Morlane.      (A Algari) Mon Seigneur, Ô Algari fils de Fahral, seigneur de Gaëlimor, comment vous portez-vous aujourd’hui ?

Algari.         Aussi bien que possible.

Morlane.      Mais vous êtes tout pâle. Prenez-vous bien vos pilules régulièrement ?

Algari.         On s’en occupe pour moi.

Morlane.      Vous prenez bien la pilule jaune le matin, la rouge le midi et la bleue le soir ?

Algari.         Ça doit être ça.

Morlane.      C’est très important, mon Seigneur.

Rat Boy.      Votre père nous a chargés de veiller sur vous après sa mort.

Morlane.      Et sur votre royaume.

Rat Boy.      Vous avez hérité d’un royaume magnifique. Où l’ordre et la terreur règnent, où tout le monde vous craint, où toutes les sources, les puits, les fontaines, les bassins de recueillement des eaux de pluie sont en notre pouvoir. Nous sommesVous être le souverain le plus riche des îles de l’ouest. Le peuple est à vos pieds, il vous baise les pieds. S’il ne le fait pas, on le pend. Votre père serait fier de vous.

Morlane.      Pensez à ce qu’il vous a légué. Souvenez-vous de sa volonté de voir son règne perpétué et sa puissance renforcée. Soyez-en digne, mon Seigneur. Alors prenez bien vos pilules pour être en forme. Hein ? Et puis, tenez, buvez ça aussi. (Elle lui tend un verre.) C’est un remontant. Ça va pouvoir nous aider. Vous aider, veux-je dire.

Il boit.

Morlane.      Voilà, c’est bien.

Ils se retirent en s’inclinant.

Noir.

ACTE II

Scène 6.

Ali, Lambre, Lima et Thiflo

Ali et Lambre sont sur le port. Lima et Thiflo arrivent en courant.

Lima.           Lambre ! Ali ! Sanga s’est fait arrêter !

Lambre.       Encore ?

Ali.              On est foutus !

Lambre.       C’est une habitude ou quoi ?

Lima.           Cette fois-ci c’est plus grave. Il est entre les mains de Rat Boy.

Thiflo.         J’ai vu les hommes de Rat Boy l’emmener. Il est dans les geôles du château.

Lambre.       On va le faire évader.

Lima.           Ça risque d’être plus difficile que la dernière fois.

Ali.              On est foutus !

Lambre.       Il nous faudrait de la magie.

Thiflo.         Je suis là, moi.

Lambre.       Oui, mais ça fait pas beaucoup de magie.

Thiflo.         J’ai des pouvoirs quand même.

Lima.           Oui, tu en as, Thiflo, petite fée. Des tout petits pouvoirs, mais des beaux ! Le seul problème c’est que tu ne peux lancer que des tout petits sorts.

Thiflo.         Je peux ouvrir les portes.

Lambre.       C’est déjà ça !

Lima.           Et toi, Ali, tu pourrais te servir de tes pouvoirs aussi !

Ali.              Mes pouvoirs ! (Il pleure.)

Lambre.       Arrête de l’embêter avec ça, tu sais bien que ses pouvoirs sont à l’état d’embryon.

Ali.              C’est pas ça ! Ils ont grandi. Mais le problème c’est que je ne sais pas m’en servir.

Lima.           On est dans de beaux draps !

Ali.              On est foutus !

Lambre.       Dis pas ça. Rien n’est perdu. On a Thiflo.

Ali.              Thiflo. Une toute petite fée avec des pouvoirs de rien du tout.

Lambre.       C’est déjà ça. Elle au moins elle en a et le peu qu’elle a, elle sait s’en servir.

Ali.              Mes pouvoirs ! (Il pleure.)

Lima.           Ça suffit ! Ne te décourage pas comme ça. On a besoin de toi. C’est toi le chef.

Lambre.       Le chef, c’est toi.

Lima.           C’est toi l’héritier légitime. Tu dois récupérer ton trône.

Lambre.       Tu dois venger ton père et sauver ton peuple.

Ali.              Mais comment on va faire ? Tous les révolutionnaires se font arrêter les uns après les autres. Combien on est maintenant ? Une poignée ? Qu’est-ce qu’on peut faire avec une poignée d’hommes.

Lambre.       Et de femmes.

Ali.              Avec une poignée d’individus, hommes et femmes. On fait quoi avec une poignée ? Un marché ? Un spectacle ?

Lambre.       On va recruter du monde. L’espoir n’est pas mort. Au nom de ton père, le vieux roi assassiné par Fahral l’usurpateur, au nom de l’épée Argetlame qu’il t’a léguée, au nom de l’espoir que tu as fait naître dans les cœurs de Flo Sanfrali, tu dois poursuivre le combat, rendre la liberté au peuple, lui rendre l’accès aux puits et aux sources, lui donner des droits et étendre l’idée de démocratie au-delà des frontières de Gaëlimor.

Ali se redresse et prend son épée.

Ali.              Vous avez raison, mes amis ! Avec ou sans mes pouvoirs, je vous conduirai vers la victoire ! (Il lève son épée.)

Lima.           Bravo ! Voilà qui est parlé.

Thiflo.         Hourra !

Lambre.       As-tu des nouvelles du roi des Pirates ? Ne doit-il pas nous rapporter une arme magique ? Une arme assez puissante pour vaincre la Sorcière Morlane et toute la noirceur des cœurs endurcis et pervertis par la dictature.

Ali.              Il vogue vers Flo Sanfrali toutes voiles dehors et les vents lui sont favorables. Il ne devrait pas tarder.

Thiflo.         Hourra !

Ali.              Merci Thiflo ! Et puis, je ne vous ai pas dit… J’ai pris contact avec un chasseur de prime. Le très fameux Lanmor. Il pourrait vaincre et détruire la Sorcière. Il me l’a promis.

Thiflo.         Hourra !

Lima.           C’est bon, Thiflo, t’emballe pas. Écoute, petite fée. J’ai, moi aussi, une idée. Un truc que tu es capable de réaliser. Viens que je t’explique.  

Ils sortent.

Ali.              (En sortant à son tour et brandissant son épée). A nous la victoire !

Scène 7.

Lambre (et Thiflo)

Lambre est seule. Elle regarde l’océan face à elle.

Lambre.       Où es-tu petite sœur ? Dix ans. Dix ans déjà. Dix longues années que tu es partie. Dix ans que tu as disparu. Sans laisser de trace, sans jamais donner de nouvelles. Je te cherche désespérément depuis dix ans, petite sœur. Un vieux fou, un marin du bas quartier de Flo Sanfrali, m’a raconté qu’il t’avait aperçue un jour en mer. Très loin d’ici. En pleine mer et vivante. Mais comment croire un vieux fou ? Je me raccroche pourtant à cet espoir depuis dix ans. Dix longues années à espérer. Je te cherche petite sœur et je finirai bien par te retrouver !

Pendant qu’elle parlait, on a vu Thiflo passer et lancer de la poudre brillante.

Scène 8.

Sanga, Li San, Patrick et Rat Boy

Sanga est trainé par Li San et Patrick. On voit que les deux soldats ne sont pas tout à fait d’accord avec le rôle qu’on leur fait jouer.

Rat Boy entre et commence à hurler et à frapper. Il le frappera tout au long de la scène.

Rat Boy.      Tu vas parler, sale chien ! Parle, ou je t’éclate la tête ! Où sont tes complices ? Où est votre repère, vermine ! Regarde-moi quand je te parle.

Sanga.         (Le regardant à travers ses cheveux.) Peux pas. Trop de cheveux.

Rat Boy.      (Lui dégageant les cheveux et les lui tirant). Je te jure que tu ne vas plus revoir la lumière du jour.

Sanga rit.

Rat Boy.      Tu sais que tu vas parler avec moi.

Sanga.         Dans tes rêves.

Rat Boy.      (Avec une voix grave) Dis-moi, où sont tes complices !

Sanga.         (Avec la même voix) J’te l’dirai pas…

Rat Boy.      Qui est ton chef ? Parle ! Ton chef ! Comment il s’appelle ?

Sanga.          (A Patrick, très naïvement.) Je sais plus.

Rat Boy.      Mettez-lui la tête dans la bassine.

Les soldats s’exécutent.

Rat Boy.      Tu vas parler maintenant, sale rat.

Sanga éclate de rire.

Sanga.         Rat toi-même !

Rat Boy.      Recommencez !

Les soldats s’exécutent.

Rat Boy.      Alors ?

Sanga.         (Quand on lui a relevé la tête) Elle est bonne ton eau. Et gratuite en plus. Merci.

Rat Boy.      Tu sais que tu vas pourrir toute ta vie ici, au fond de ton cachot ?

Sanga.         Elle est déjà pourrite ma vie.

Li San.         (A Patrick) On dit pourrite ?

Patrick.        (A Li San) Non, on dit pourrie. I. E. Pourrie.

Li San.         C’est bien ce qui me semblait.

Sanga.         Je dis ce que je veux. Elle était bien ma réplique, non ?

Li San.         Si.

Patrick.        J’avoue.

Rat Boy.      On pourrait trouver un arrangement, toi et moi, peut-être. Je te laisse la vie sauve et tu me donnes le nom de tes complices et de leur chef, en échange.

Sanga.         Ils viendront me sauver.

Rat boy.       Ça jamais. Jamais, tu m’entends !

Sanga lui rit au nez.

Rat Boy.      Alors écoute-moi bien, sale chien ! Toutes les fois où tu refuseras de parler, je ferai brûler un quartier de la ville. Ce soir, je commencerai par le quartier le plus pauvre, au sud du port. Tu dois y avoir de nombreux amis, un tas de vermine comme toi. Des parasites. Engeance inutile.

Sanga.         Pauvre type !

Rat Boy.      (Le frappant une dernière fois.) Tu vas pourrir ici. Avec la mort de milliers de personnes sur la conscience. Et tu mourras de ma propre main. Laissez-le pourrir ici.

Il sort.

Patrick.        On peut lui remettre la tête dans l’eau ?

Li San.         J’aime pas.

Patrick.        C’était pour rire.

Ils l’abandonnent et sortent.

Noir.

Scène 9.

Algari seul (et Thiflo)

Algari est seul sur son trône.

Algari.         Je ne veux pas. Je refuse qu’on brûle le quartier sud de Flo Sanfrali ! C’est le quartier de ma nourrice. C’est le quartier où j’ai été heureux. C’est le quartier où nous avons joué Lima et moi. Je ne veux pas qu’on y touche. Je ne veux plus de ça ! De tout ça ! (Il lance son verre.) Ces boissons m’embrument la cervelle ! Sale Sorcière !

Thiflo passe et lance de la poudre brillante.

                   Je veux sortir d’ici. Il faut que je sorte. J’étouffe. Je veux voir la mer.

Il sort.

Scène 10.

Algari et Lambre (et Thiflo)

Algari revient sur scène, en même temps que Lambre. On voit Thiflo qui passe et qui lance sa poudre brillante.

Lambre.       Vous ici ? Je pensais à vous justement.

Algari.         Vous pensiez à moi ? Quelqu’un pense à moi dans ce royaume ? Comment vous appelez-vous ?

Lambre.       Lambre.

Algari.         C’est beau. Beau comme de l’ambre dont on fait les bijoux. Vous savez que l’ambre chasse les mauvais sorts.

Lambre.       C’est ce qu’on dit. Vous ne devriez pas rester ici, sur le port, le quartier n’est pas bien sûr.

Algari.         J’y venais étant petit, avec mon frère de lait.

Lambre.       Votre frère de lait ? Lima ?

Algari.         Lima, oui, c’est ça. Vous connaissez Lima ?

Lambre.       C’est un ami. Je l’aime beaucoup.

Algari.         Il a de la chance. Au revoir mademoiselle Lambre.

Lambre.       Au revoir, Seigneur.

Algari.         Je m’appelle Algari.

Il sort.

Lambre.       (Seule et songeuse.) Je sais.

ACTE III

Scène 11.

Sanga, Thiflo et Lima

En silhouette, Sanga dans sa cellule. Thiflo entre, le libère et s’enfuit avec lui. Au bord du rideau, Lima apparait.

Lima.           Bravo Thiflo ! Dépêchons-nous maintenant ! J’ai assommé les gardes, mais ils ne devraient pas tarder à se réveiller.

Ils sortent tous, Sanga soutenu par ses compagnons.

Scène 12.

Ali, Lambre, Lanmor, Lima, Sanga et Thiflo

Ali, Lambre et Lanmor entrent.

Lanmor.      J’ai un plan.

Ali.              C’est parfait. Une fois que nous aurons vaincu la Sorcière, la victoire sera possible.

Lanmor.      J’y travaille. Ne vous inquiétez pas.

Ils sont rejoints par les trois autres. Sanga est épuisé.

Ali.              Sanga, mon ami !

Sanga.         Salut la compagnie !

Ali.              Tu es vivant !

Lanmor.      Mais s’il est vivant, c’est qu’il n’est pas mort.

Lambre.       C’est l’évidence même.

Lanmor.      Ce que je veux dire, c’est qu’il n’a pas été tué. Dis-moi, jeune homme, pourquoi n’es-tu pas mort ? Tu as parlé ?

Ali.              Sanga ne parle jamais ! C’est un taciturne !

Lanmor.      Parle ! Tu as parlé ?

Sanga          C’est qui lui ?

Lambre       Lanmor

Ali               Un chasseur de prime.

Lambre.       Il doit nous aider à vaincre la Sorcière.

Sanga.         Vaste programme. Elle est coriace la garce !

Lanmor.      J’en fais mon affaire. Mais toi, le survivant. Pourquoi es-tu vivant ? Tu as parlé ? Parle ! Qu’as-tu dit ?

Sanga.         C’est une obsession ça, de vouloir que je parle.

Lanmor.      Parle ! Tu as parlé ?

Sanga.         J’ai bu. De l’eau.

Lambre.       Oh ! La chance !

Lanmor.      (En sortant) Qui a bu boira ! Qui parle, parlera ! Je vous aurai prévenus !

Ali.              Sanga ne parle jamais. Sanga écoute. C’est celui qui m’écoute le plus ici. Il m’accompagne depuis toujours et il m’écoute. N’est-ce pas que tu m’écoutes, Sanga, mon ami ?

Sanga.         Oui, Chef. Toujours.

Ali.              Écoute, Sanga. J’ai composé un poème pour toi durant ta détention. Il s’appelle Liberté. « Sur les murs de ma ville / Sur les plages de mon île / Sur les monts de Gaëlimor / Sur le front de la Mort / J’écris ton nom. / Sur la vague et le pont / Dans le cœur des compagnons / Sur… »

Lima.           Merci Sanga, tu as bien écouté. Mais il faudrait peut-être se bouger, maintenant.

Ali.              Mon poème n’est pas terminé.

Lambre.       Le navire du Pirate est entré dans le port. Regardez ! (Il désigne les gradins).

Ali.              Hourra !

Thiflo.         Hourra !

Scène 13.

Les mêmes et Cacahuète

Cacahuète descend des gradins.

Lambre.       C’est lui, le roi des Pirates ?

Lima.           Il s’appelle comment ?

Ali.              C’est le capitaine… (Ouvrant ses bras à Cacahuète) Cacahuète !

Lima et Lambre.    Cacahuète ?!

Ali et Cacahuète s’embrassent.

Cacahuète.   Où est le rhum ? Je veux du rhum !

Sanga.         J’en aurais bien besoin, moi aussi. C’est pas le tout de boire de l’eau…

Lima.           Tu parles trop.

Sanga.         Pardon.

Ali.              Mon ami Cacahuète, je suis si content de te voir !

Lambre.       Il s’appelle vraiment Cacahuète ?

Lima.           C’est un nom de Pirate, ça ?

Thiflo.         Moi j’aime bien.

Cacahuète.   Cacahuète. Capitaine Cacahuète ! Je m’appelle Cacahuète ! Parce que les cacahuètes, c’est bon avec du rhum ! Où est le rhum ?

Ali.              Promis ! Tu auras du rhum ! Mon ami, as-tu pu accomplir ta mission ?

Cacahuète.   Ne m’en parle pas ! Quelle galère !

Ali.              Ton vaisseau, une galère ? Je croyais que c’était un galion. Un “74 canons”.

Cacahuète.   Pas une galère mon galion. Non. Mais la galère pour récupérer votre arme magique.

Ali.              Si galère que ça ?

Cacahuète.   Pire que l’enfer.

Lima.           Elle est là ? On peut la voir ?

Cacahuète.   Faudrait déjà qu’elle accepte de descendre.

Lambre.      Elle veut pas descendre ?

Cacahuète.   Non. Déjà pour la hisser sur le bateau ça a été toute une histoire. Et maintenant elle ne veut plus en sortir.

Lima.           Mais c’est quoi, cette arme…

Lambre.       … qui veut pas descendre ?

Ali.              J’imaginais un boulet, un boulet de canon, qu’on pourrait balancer violemment.

Cacahuète.   Pour un boulet, c’est un boulet, ça oui ! Mais pour le balancer, je vois pas comment. Bon, je remonte. Je vais encore voir si je peux négocier. Faites monter une barrique de rhum pour mes hommes et moi, on a besoin de courage !

Il remonte dans les gradins.

Scène 14.

Les mêmes, Rat Boy, Li San, Patrick, Morlane et Cacahuète, puis Algari

Rat Boy et ses hommes se présentent sur scène à la surprise générale.

Sanga.         Rat Boy !

Rat Boy.      Comme on se retrouve, Sanga ! Nous t’avons fait suivre, pauvre naïf et vous voilà fait comme des rats.

Sanga éclate de rire.

Sanga.         Espèce de rat, toi-même.

Rat Boy.      C’était le mot de trop ! (A ses soldats) Exterminez-moi cette vermine !

Ali.              Tous avec moi !

Le combat s’engage. Scène de combat à l’épée entre Ali, Lima, Lambre et Rat Boy et ses soldats. Morlane arrive. Sanga parvient à se redresser mais est trop faible pour combattre Morlane. Cacahuète le Pirate revient et prête main-forte à Sanga. Thiflo lance des sorts contre Morlane, mais vainement. Duel entre Lima et Rat Boy.

Soudain Algari entre.

Algari.         Lima, mon frère !

Lima.          Algari ?

Rat Boy.      Mon Seigneur ?

Algari.         Ne touche pas à mon frère ! Ne touche pas à Flo Sanfrali ! Ne touche plus jamais à Gaëlimor !

Algari provoque Rat Boy en duel.

Rat Boy.      (A Morlane) Hé ! Morlane ! Tes potions et tes pilules ne fonctionnent plus.

Morlane.      C’est quoi ce binz ?

Algari.         Vous ne me manipulerez plus ! Je suis un être libre ! Et je libérerai le peuple de votre dictature !

Thiflo.         Hourra !

Lima.           T’emballe pas !

Duel au milieu des combattants médusés. Algari tue Rat Boy. Morlane s’enfuit.

Thiflo.         Hourra !

Ali.              Hourra !

Les autres.   Hourra ! (Même Li San et Patrick poussent un petit « Hourra ! » hésitant)

Lambre.       (A Algari) Pourquoi ?

Algari.         Bonjour mademoiselle Lambre. Heureux de vous revoir.

Lambre.       Mais pourquoi ?

Algari.         Je ne sais pas. C’était comme une évidence.

Lima.           Algari, mon frère ! Tu viens de renverser la dictature !

Ali.              C’est sympa.

Algari.         (A Ali.) C’est vous le Chef des révolutionnaires, l’Héritier légitime au trône de Gaëlimor ?

Ali.              Soi-même.

Algari.         Je serai heureux de vous servir, mon Seigneur. (Il s’incline.)

Thiflo.         Hourra !

Lima.           Dans mes bras, mon frère. Je savais que ton cœur était bon. Maman serait fière de toi.

Lima et Algari s’étreignent.

Cacahuète.   Du rhum pour tout le monde !

Ils sortent. Laissant Li San et Patrick et le cadavre de Rat Boy sur place.

Noir.

ACTE IV

Scène 15.

Li San et Patrick (et le cadavre de Rat Boy)

Patrick.        Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? On n’a plus de chef.

Li San.         Je sais pas. C’est un peu déconcertant.

Patrick.        C’est absolument déconcertant. Qu’est-ce qu’on va devenir ?

Li San.         Chômeurs.

Patrick.        C’est tout à fait déconcertant ! Faut faire quelque chose.

Un temps.

Li San.         Je te l’ai jamais dit, Patrick. Mais, j’ai toujours rêvé de prendre la mer.

Patrick.        La mère de qui ?

Li San.         Pas ce genre de mère. Mais plus, je pensais à la mer, l’océan. Tu vois ? L’océan, les grandes découvertes, les îles, les autres survivants…

Patrick.        Avec qui ?

Li San.         Je sais pas. Pour le moment, je suis tout seul.

Patrick.        Faut trouver un bateau, un équipage.

Un temps.

Li San.         Je pensais aux pirates…

Patrick.        Les pirates. Les pirates ! Mais t’es fou mon gars. Mais les pirates, ils sont sanguinaires ! Ils sont violents !

Li San.         Ça pourrait être des gentils pirates.

Patrick.        Ouais, c’est ça ! Des gentils pirates. T’en connais, toi, un gentil pirate ?

Li San.         Ben, il y a ce grand gaillard-là ! Celui qui se battait au côté des révolutionnaires. C’est un gentil pirate, lui, non ?

Patrick.        Oui, t’as raison. Il est connu, même. Comment il s’appelle déjà ?

Li San.         Arachide.

Patrick.        Non.

Li San.         Noix de Cajou ?

Patrick.        Non.

Li San.         Graine de courge ?

Patrick.        Non.

Li San.         Noix de coco ? Coco pops ?

Patrick.        Cacahuète !

Li San.         Cacahuète, c’est ça ! J’aime pas les cacahuètes.

Patrick.        Oui, c’est vrai. T’aimes pas les cacahuètes. Alors on fait quoi ?

Li San.         Tant pis. On tente le coup quand même.

Patrick.        Ouais. On tente le coup ! Franchement, on n’a plus que ça à faire.

Li San.         Ben oui.

Patrick.        Alors. Allons chercher le capitaine Cacahuète ! Et à l’assaut sur la mer !

Li San.         A l’assaut de la mer.

Patrick.        A l’assaut de la mère !

Li San.         De l’océan !

Patrick.        De l’océan ! Parfaitement. Montons sur le galion et demandons à être embauchés. Ça embauche bien chez les pirates et y a pas mal de débouchés !

Ils montent sur les gradins.

Scène 16.

Rat Boy, Morlane et Algari

Rat Boy est toujours mort, abandonné sur la scène. Morlane arrive subrepticement, veillant à ne pas se faire voir. Elle s’approche du cadavre. Elle sort une fiole de sa poche.

Morlane.      Je n’ai pas dit mon dernier mot. Ces petits imbéciles croient qu’ils ont gagné. Ils se trompent. La dictature de Fahral n’est pas morte, même si son rejeton a trahi son père. Allez ! Mon brave Rat Boy, réveille-toi.

Elle lui fait avaler la potion. Elle attend.

Rat Boy se réveille.

Morlane.      Ah ! Te revoilà, mon bon ami. Alors ? Comment te sens-tu ?

Rat Boy.      (Avec une voix d’enfant) Maman ?

Morlane.      (Agacée) Mais non, imbécile ! Pas maman !

Rat Boy.      (Même voix) Maman ?

Morlane.      C’est toujours le problème avec ces potions de résurrection. On ne sait jamais à quel âge on va ressusciter.

Rat Boy.      (Même voix) Maman ?

Morlane.      Bon, ben, c’est raté ! Ce morveux ne me servira à rien ! Je rage quit !

Elle sort.

Entre, Algari qui passe.

Rat Boy le voit.

Rat Boy.      (Même voix) Papa ?

Algari.         (Étonné) Rat Boy ? Tu n’es pas mort ?

Rat Boy.      (Même voix) Papa ?

Algari.         Oula ! Tu n’es pas mort, mais on dirait bien que tu viens de renaître !

Rat Boy.      (Même voix) Papa ?

Algari.         Je ne vais pas te laisser là, mon p’tit gars. Les enfants ne doivent pas trainer comme ça, sur le port. C’est dangereux. Allez viens avec moi !

Rat Boy.      (Même voix) Gentil papa ?

Algari.         C’est ça, c’est ça. Allez viens, mon gentil petit rat.

Rat Boy.      (Même voix et avec le sourire.) Papa gentil !

Ils sortent, Algari tenant Rat Boy par la main.

Scène 17.

Lambre, Ali, Lima, Cacahuète, Tisanli, Li San et Patrick, puis Sanga

Lambre vient au bord de l’eau. Elle regarde la mer.

Lambre.       Où es-tu, petite sœur ? Où es-tu ?

Silence et bruit de la mer.

Cacahuète.   (Voix off venue des gradins) Mais pourquoi tu veux pas descendre ?

Tisanli.        (Voix off venue des gradins) Je veux pas, c’est tout.

Cacahuète.   (Voix off venue des gradins) Mais pourquoi ?

Tisanli.        (Voix off venue des gradins) Faudrait savoir ce que tu veux. Tu me demandes de monter et après tu veux que je descende.

Cacahuète.   (Voix off venue des gradins) J’en ai marre de toi ! Tu dois descendre, tu m’entends ?

Tisanli.        (Voix off venue des gradins) Je veux pas. C’est non ! Non non et non !

Lambre.       (D’abord murmuré) Tisanli ? C’est la voix de Tisanli ! (Puis hurlé) Tisanli ! Tisanli !

Ali et Lima arrivent.

Ali.              Qu’est-ce qui se passe ?

Lambre.       J’ai entendu ma sœur.

Lima.           Ta sœur ?

Lambre.       Elle est sur le bateau, là.

Ali.              Le galion de Cacahuète ?

Lima.           Qu’est-ce qu’elle fait là ?

Lambre.       J’en n’ai aucune idée, mais je suis sûre que c’est elle.

Lima           Oh ! Hé ! Du bateau ! Qu’est-ce qui se passe là-haut ?

Cacahuète descend.

Cacahuète.   J’en ai marre de cette gamine ! Est-ce que quelqu’un pourrait m’en débarrasser ? J’en peux plus.

Lambre.       J’ai entendu la voix de ma sœur sur ton bateau.

Cacahuète.   Ta sœur ? C’est ta sœur, le boulet puissance dix qu’est là-haut et qui veut pas descendre ? Ben vas-y ! Monte la chercher. Si t’arrives à la faire descendre, je te paie une barrique de rhum. Moi, je démissionne.

Lambre.       J’y vais.

Lambre monte sur les gradins.

Lima.           C’est qui cette fille ? Qu’est-ce qu’elle fait sur ton bateau ?

Cacahuète.   C’est elle.

Ali.              Qui ça, elle ?

Cacahuète.   L’arme magique que j’ai rapportée et dont je vous ai parlée.

Ali.              Le boulet ?

Cacahuète.   Oui, c’est ça.

Ali.              Mais moi j’imaginais un boulet. Un boulet de canon. Rond ! Petit ! Un truc facile à manier.

Cacahuète.   Elle est tout, sauf facile à manier.

Tisanli descend au bras de sa sœur Lambre, toutes deux suivies par les nouveaux pirates Li San et Patrick. Patrick traine un peu et finit par descendre les gradins en courant.  

Patrick.        (Arrivé sur scène) Ben alors ? On n’attend pas Patrick ?

Ali.                (Désignant Tisanli) C’est ça l’arme magique ? Elle va pas être facile à mettre dans la gueule d’un canon.

Cacahuète.     C’est pas ça l’usage.

Ali.                Il y a un mode d’emploi ?

Cacahuète.     J’en sais rien. Y en a pas. Ou bien, il est tout de travers. Demandez-lui. Moi, j’ai fait ma part. Je ne veux plus jamais avoir à faire à elle. C’est fini.

Lima.            Mais enfin, Cacahuète ! Elle n’a pas l’air si terrible.

Cacahuète.     Plus jamais ! Elle est terrifiante ! Trois fois ! Trois fois elle a failli faire couler mon bateau. Trois fois. Elle est redoutable, je vous dis. Elle dit qu’elle sait faire et elle sait pas faire. Ou à moitié. Ou à l’envers. C’est un danger public cette fille ! Je vous la laisse ! Je ne veux plus jamais la voir. Je veux mon rhum !

Il sort.

Ali.                Capitaine Cacahuète ! Où vas-tu ?

Cacahuète.     Boire ! Pour oublier ! (En revenant, appelant Li San et Patrick.) Les nouveaux, vous venez, on va oublier ?

Li San le rejoint aussitôt.

Patrick.          (Avec un temps de retard, en les rejoignant) Ben alors ? On n’attend pas Patrick ?

Les trois pirates sortent.

Lambre.       Ma petite sœur ! Te voilà enfin ! Dix ans. Je t’ai cherchée dix ans. Le roi des pirates part à la recherche d’une arme magique capable de lever tous les sorts de magie noire répandue sur notre île, et c’est toi qu’il ramène. J’ai besoin d’explications. Raconte.

Tisanli.        Quand j’ai eu sept ans, mon père m’a enlevée.

Lambre.       Papa ?

Tisanli.        Non, pas papa. Je veux dire pas ce papa-là.

Lambre.       Pas papa ? Ton père c’est pas papa ? Tu n’es pas ma sœur ?

Tisanli.        Si, je suis ta sœur. Ta demi-sœur en fait. On a la même maman. Mais pas le même papa.

Lambre.       Pas le même papa ? C’est qui ton père ?

Tisanli.        Poséidon.

Lambre.       Ton père ! Le Dieu de la mer ! Poséidon ? Poséidon, le Dieu de la mer ! Avec maman ? Maman avec Poséidon ?

Ali et Lima.  Ha ! Laaaaa !

Tisanli.        Il avait pris la forme de papa. Je veux dire, de ton papa. Elle ne l’a jamais su, en fait.

Ali.              Mais oui ! C’est le truc banal ! Le coup de la transformation ! Uther Pendragon avait fait la même chose, et puis Zeus est un grand spécialiste de ces transformations ! Amphitryon en sait quelque chose ! C’est un…

Lima.           Tais-toi. Laisse-la parler !

Ali               Mais personne m’écoute ! Sanga ! Ils m’écoutent pas !

Sanga          (Entrant) Mais si, Chef ! Moi je vous écoute. (Il ressort.)

Lima           Bon, laisse-la parler, maintenant !

Tisanli.        Mais à mes sept ans, papa, je veux dire Poséidon, a décidé de me récupérer pour m’élever dans la mer.

Lambre.       Dans la mer ?

Tisanli.        Oui. Dans un coquillage.

Lambre.       Pauvre Tisanli.

Tisanli.        Non, c’était fun, en fait. Il se passe des choses formidables au fond des océans. Je ne me suis pas ennuyée. Et puis, mon père m’a appris beaucoup de choses. Il m’a même confié une partie de ses pouvoirs.

Ali.              Je comprends tout ! C’est pour ça l’arme magique ! L’arme magique, c’est pas un boulet de canon ! C’est la fille de Poséidon ! C’est magique !

Cacahuète.   (Voix off) Méfiez-vous, quand même !

Tisanli.        Oui mais, sauf que je ne sais pas encore bien m’en servir.

Cacahuète.   (Voix off) C’est ce que je disais !

Ali.              Bienvenue au club ! Moi c’est pareil.

Tisanli.        Pas de veine.

Ali.              Oui, mais, 0,5 + 0,5, ça fait 1. Si on mutualise…

Lambre.       Écoute-moi, petite sœur. Il faut que tu te concentres. Tu dois absolument nous venir en aide. Tu es notre seul espoir. Algari, le fils de l’usurpateur a vaincu une part du Mal, mais le pouvoir de la Sorcière Morlane est encore très puissant et surtout, toute notre île de Gaëlimor est infestée de magie noire. C’est comme une ombre noire qui ensorcelle les âmes et nous empêche de nous libérer de la dictature. L’oppression est dans les cœurs des plus affaiblis. Libère-nous, Tisanli. Libère le peuple !

Tisanli.        Je fais ça comment ?

Lambre.       Tu es un demi-dieu. T’as ça dans le sang. Concentre-toi.

Tisanli.        J’essaie ?

Les autres.   Oui, essaie !

Cacahuète.   (Voix off) Méfiez-vous !

Lambre.       Ne l’écoute pas ! Vas-y !

Tisanli se concentre. Ferme les yeux. La lumière s’intensifie. Devient presque violente. Mais soudain, tout s’éteint. Noir.

Tisanli.        (Dans le noir) Oups !

Toujours dans le noir.

La voix d’Ali.         Si ! Ça a marché.

La voix de Lima.    Je sais pas.

La voix de Lambre. Si, je crois.

La voix d’Ali.         Ça a marché, je vous dis. Je le sens.

La voix de Lima.    Y en a à qui ça va faire tout drôle…    

Scène 18.

Morlane, puis Lanmor.

La Sorcière Morlane est seule. Soudain elle se tord de douleur et commence à s’arracher les cheveux, puis ses vêtements.

Morlane.      Mais, qu’est-ce qui m’arrive ?  Mais… Haaaaah !

On voit apparaître Lanmor sous ses oripeaux, encore plus étonné que nous par sa propre transformation. Il réalise qu’il était aussi la Sorcière, qu’un sort vient de lui être enlevé.

Lanmor.      Sors ! Sors de là ! Sorcière !

Morlane.      Mais c’est impossible !

Lanmor.      Ho ! Que si ! (Il rit.) S’en est fini de toi, Morlane.

Morlane.      Lan…

Lanmor.      Oui, c’est moi ! Lanmor ! Et je t’ai vaincue !

Il lève la perruque de la Sorcière comme un scalp en signe de victoire. A ses pieds, les vêtements de Morlane font comme une dépouille.

Noir.

Scène 19.

Tous.

Ali est assis sur le trône tous les autres sont en arc de cercle de chaque côté de lui. Thiflo est derrière lui.

Algari s’avance, plie le genou devant lui et lui présente la couronne. Ali se lève et prend la couronne dans ses mains. Tous s’agenouillent, sauf Cacahuète, Tisanli et Thiflo qui se contentent d’incliner la tête. (Lanmor fait s’agenouiller Rat Boy qui ne comprend pas bien tout).

Ali.              Je n’en veux pas. La couronne ne me revient pas. Elle revient au peuple. Nous allons instaurer une démocratie. Le dirigeant sera élu par le peuple et les lois votées par ses représentants. Nous allons organiser des élections libres, mettre tous les puits et les fontaines à disposition des habitants. Les sources seront libérées et gérées démocratiquement. Nous garantirons les libertés et les droits des femmes et des hommes qui ne seront plus des esclaves de la dictature, mais des citoyens libres et égaux. Libres et fraternels !

Tous se relèvent. Algari revient à sa place et tous lèvent leurs épées. (Même Rat Boy qui copie sur Algari.)

Tous.          Libres et fraternels !

Ali pose la couronne sur le trône et s’avance sur le devant de la scène, Argetlame devant lui. Les autres, tenant leur épée pareillement, le rejoignent et forment une ligne de chaque côté de lui.

Ali.              (En déposant son épée au sol devant lui) Je dépose mon arme, en signe de pacification du royaume.

Les autres (sauf Tisanli, Thiflo et les pirates qui remettent leurs armes au côté) l’imitent.

Ensemble.   Nous déposons nos armes en signe de pacification du royaume.

Un temps.

Ali.              Formidable ! Mission accomplie, les amis !

Les autres.   Hourra !

Thiflo.         Hourra !

Ali.              Attendez ! Attendez ! J’essaie un truc. (Il claque dans ses doigts. La lumière s’éteint. Il claque à nouveau. La lumière s’allume. Plusieurs fois de suite.)

Lima.           Bon ! Ça va !

Ali.              Sanga ! Il m’embête !

Sanga.         Débrouille-toi !

Cacahuète.   Bon, ben, c’est pas le tout, mais la marée est bonne. Il est temps d’embarquer. On appareille ! Mission accomplie. Salut la compagnie !

Il se dirige vers les gradins, suivi de Li San et de Patrick, retardataire.

Patrick.        Ben alors ? On n’attend pas Patrick ?

Li San.         Arrête de faire l’idiot. Monte.

Ils se rejoignent au milieu des gradins.

Tisanli.        Hé ! Attendez-moi !

Cacahuète.   (Au milieu des gradins) Comment ça : « attendez-moi » ?

Tisanli.        Je viens avec vous. Je suis une pirate maintenant.

Cacahuète.   (Au milieu des gradins) Oh ! non ! Tout, mais pas ça !

Lambre.       Tu veux repartir, petite sœur ?

Tisanli.        Oui. Ma place est sur les océans. Mais je reviendrai te voir le plus souvent possible.

Elles s’étreignent.

Lambre.       Prends soin de toi.

Tisanli.        Le capitaine Cacahuète veillera sur moi. Il m’aime bien dans le fond.

Cacahuète.   (Au milieu des gradins) Poséidon, Dieu tout puissant, prends pitié de moi !

Tisanli.        (En montant les gradins) Allez ! C’est parti. Tous à bord ! Larguez les amarres ! Hissez les voiles !

Cacahuète.   (En montant plus haut) Du rhum, par pitié ! Du rhum pour oublier !

Sur le plateau tous se retirent lentement. Lima et Thiflo viennent sur le devant de la scène.

Lima.           Merci, Thiflo, pour ce que tu as fait.

Thiflo.         C’était dans mes cordes. Je sais ouvrir les portes, celles des maisons et celles des cœurs.

Lima.           Je crois que tu as parfaitement rempli ta mission. Bravo !

Thiflo.         Merci.

Ils sortent, laissant Lambre et Algari seuls.

Ils s’avancent l’un vers l’autre, jusqu’à se tenir les mains. Ils se rapprochent encore.

Noir.

Photo Paimpol août 2018

Lycée Ampère de Josselin (56)

Novembre 2017

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