La Nuit DakYrienne (Théâtre)

THÉÂTRE : Pièce de théâtre adaptée du roman du même titre [voir article La Nuit DakYrienne (roman)], mis en scène, en son et en lumière, en mai 2005, au Centre Culturel de Josselin, par la Compagnie des Compères (atelier théâtre du lycée Ampère de Josselin) dirigée par Sandrine LMH, avec le soutien de l’ADEC56 et Alain Rault.

Création avril 2004.

3030. Après la course de scootépé au Scootbouslime de DakYra qui a vu la victoire du célèbre champion Lagadec, le monde de Spitfire bascule. La dictature s’installe soutenue par la mafia et l’Empire du Nord. Sa famille assassinée, sa nièce, seule survivante, enlevée par le nouveau dictateur, Spitfire plonge dans le désespoir. Mais il parviendra se redresser et décidera d’organiser la résistance. Une rencontre mythique donnera alors un nouvel élan au combat. Un nouvel espoir de liberté naîtra.

(à suivre : l’intégral de la pièce)

theatre065theatre050theatre064theatre038theatre048theatre043theatre025theatre021theatre014theatre012Crédit photos : Marie-Laure Bourven

 

Texte intégral de la pièce de théâtre :

Personnages :
Narrateur
Spitfire futur chef de résistance
Ebony sa femme
Yvony sa fille
Fabo son frère
Pause fille de Fabo, nièce de Spitfire
Lafonfec Lagadec champion de Scootépé qui deviendra Dictateur, amoureux de Pause
Arcassi complice de Lagadec, ancien criminel, chef d’un réseau de trafic de Biscana
Duweeling trafiquant de Biscana, puis résistant
Petit Diable son ami, trafiquant de Biscana, puis résistant
Job ancien amoureux de Pause, premier allié de Spitfire
Ridette sœur de Lagadec, résistante
Norette amie d’enfance de Ridette, championne de Scootépé, résistante
Fadi Elzoï veuf, mécanicien de Scootépé, résistant
Michana sa fille, résistante
Noé fantôme, témoin de l’Empire perdu
Des passants
Des danseurs
Des hommes armés au service du Dictateur

*

Narrateur. Nous sommes en 3030. Les terres ont été recouvertes d’eau depuis le dernier Déluge. Le monde n’est plus qu’une multitude d’îlots volcaniques, d’archipels et d’îles surpeuplées.
DakYra est la capitale des Terres Inondées de l’Ouest.
DakYra est une ville moderne, aux gratte-ciel prodigieux, aux usines navales et aéronautiques performantes.
Au centre de la ville, se trouve le Scootbouslim, le circuit le plus spectaculaire des courses de Scootépés. Les compétitions de Scootépé, véhicules à trois roues, équipés de réacteurs à fusion thermonucléaire, font la fierté des habitants de DakYra.
Spitfire est un policier. Dans sa jeunesse, il s’est illustré comme pilote dans l’Armée de l’air, mais depuis son mariage, il a choisi la modeste fonction de gardien de la Paix.
Aujourd’hui est un jour de repos. Spitfire, sa femme Ebony, sa fille Yvony, son frère Fabo et sa nièce Pause se préparent joyeusement à assister à la rencontre internationale de Scootépé au célèbre Scootbouslim de DakYra.

*

Scène 1
Spitfire, Ebony, Yvony, Fabo, Pause

Ils entrent, s’installent sur les gradins.

Pause. Yvony viens à côté de moi. D’ici, on verra tout. Ton père est génial de nous avoir tous amenés au Scootbouslim. Tonton, je t’adore.

Spitfire. Ma nièce est un peu excessive. Non ?

Pause. Tu peux pas comprendre. Il est tellement beau, tellement fascinant, tellement …
( très excitée) Wouaou ! le voilà, là, regarde son scootépé, c’est hallucinant. Mon cœur va s’arrêter, c’est sûr. Lagadec Lagadec vas-y. Lagadec…

Fabo fait calmement asseoir sa fille.

*

Scène 2

Bruits de course de véhicule.

*

Narrateur. Lafonfec Lagadec, le célèbre champion de Scootépé vient une nouvelle fois de remporter la course ! Regardez comme il salue la foule de ses supporters venus acclamer sa nouvelle victoire. Quel étonnant personnage ce Lafonfec Lagadec ! Parfois si taciturne, d’autre fois si exubérant. Si fascinant pour ses fans, si violent par moments. Quelle blessure profonde cache ce magnifique champion ? Le saura-t-on jamais ?

*

Scène 3
Lafonfec Lagadec, la foule, Pause

Acclamations du champion de la course. Admiration de Pause.

*

Scène 4
Lagadec et Arcassi, barman et consommateurs.
Duweeling et Petit Diable à une table.

Dans un coffee shop.

Arcassi est accoudé contre le bar. Lagadec va chercher un verre, il croise le regard d’Arcassi.

Lagadec. Un Skyspeps !

Le barman le sert.
Lagadec va s’asseoir. Regards entre Arcassi et Lagadec.

Lagadec. C’est toi Arcassi ?

Arcassi. Oui ?

Lagadec. Je te connais. T’as fait la une des journaux quand t’es sorti de tôle. Tu sais qui je suis ? Les courses de scootépé. C’est moi le champion.

Arcassi se dirige vers Lagadec.

Arcassi. Et qu’est-ce qui me veut le champion ?

Lagadec. J’ai une affaire pour toi.

Arcassi. J’ai déjà une affaire.

Lagadec. Faut que tu me retrouves un type.

Arcassi. Quel type ?

Lagadec. Mon père.

Arcassi. Pour lui faire quoi ?

Lagadec. Le torturer d’abord. Tu me l’attrapes discrètement. Tu me l’amènes. Je m’en occupe. A petits feus, je veux le crever.

Arcassi. Et qu’est-ce qu’il t’a fait ton père pour que tu lui en veuilles à ce point là ? Il a oublié ton anniv ou quoi ?

Lagadec. Je ne l’ai pratiquement pas connu. Il a abandonné ma mère quand j’étais petit. Ma mère en est morte et pour ça, je veux qu’il paye.

Arcassi. Ça se respecte. T’as besoin de moi, j’ai besoin de toi.

Lagadec. Tu veux quoi en échange ?

Arcassi. J’ai un business.

Lagadec. Je suis au courant.

Arcassi. J’ai besoin d’agrandir mon marché. Avec ta popularité…

Lagadec. Bon, j’ai compris. C’est facile. J’ai assez de fans pour ça. C’est bon, on a conclu ?

Arcassi. C’est ça !

Lagadec. On est d’accord !

Arcassi. Reviens dans trois jours.

Lagadec sort. Arcassi tape sur l’épaule de Petit Diable. Petit Diable fait un signe à Duweeling. Ils suivent Lagadec..

*

Scène 5
Duweeling, Petit Diable, des passants.
Dans la rue.

Duweeling et Petit Diable à l’angle d’une rue.
L’éclairage est contrasté.

Duweeling. Hé, mec t’as vu le patron ? Il s’est associé au grand champion Lagadec. Ça va nous faire un bon coup de pub, en plus on va peut-être toucher des intérêts en tickets gratuits au Scootbouslim et en fringues de la marque Lagadec !

Un passant passe.

Petit Diable. Oui, mais, y’a moyen qu’on en parle ce soir ?

Duweeling. Pourquoi faire ? Tu vois bien que c’est un coup de pub pour Arcassi.

Un passant passe.

Petit Diable. Ouais, mais ferme-la. T’es pas obligé d’en parler dans la rue.

Duweeling. Evidemment, mais maintenant ou après, qu’est-ce que ça va changer ? Moi, je m’avance sur le boulot, comme ça on finira plus tôt, à la fin de la semaine.

Petit Diable. Tant qu’on n’a pas reçu d’ordre, on reste sur notre petit trafic, si on ne veut pas avoir à faire à Arcassi.

Un passant passe. Duweeling l’arrête.

Duweeling. Et toi, tu kif Lagadec ? Ça te plairait de devenir un de ses plus grands fans. Pour lui tu prendrais bien un peu de Biscana ?

Le passant. Oui, OK, mais je n’ai que 500 piz.

Duweeling. (hésitant) OK, ça marche, dans une heure à ma caisse.

Petit Diable. On n’a pas le droit de vendre à moins de 750 piz.

L’autre passant. (ivre, titubant) Hey !, vous les jeunes, vous avez parlé de Lagadec. Il vend de la drogue avec Arcassi ? (Duweeling le repousse)

Petit Diable. Content de toi, tout le monde t’a entendu, là tu dépasses les bornes.

*

Scène 6
Lagadec, Pause, Fabo, Job, Duweeling, la foule des consommateurs et des danseurs.
Le bar de Fabo, une salle de danse.

Lafonfec entre, tout le monde l’acclame. Pause, assise au fond de la salle, ne le quitte pas des yeux depuis son entrée.

La foule. Bravo ! (Applaudissements). Vive Lagadec ! Lagadec champion !

Fabo. Ça me fait plaisir de te recevoir dans mon établissement, j’offre la tournée en l’honneur de ta dernière course.

La foule. Ouai !

Fabo. J’ai invité tes plus fervents admirateurs, il n’y a ici que des fans de scootépé.

Lagadec. (Ton sec) Merci. (Cynique) Une soirée comme celle la, ça va me changer des scootbouslims, des championnats, de la foule des admirateurs, de la routine quoi !

Il reconnaît deux personnes dans la foule. Echange de salutations.

Duweeling. Dis donc, ta dernière course était super mais Shakira te suivait de prés.

Job. Oui, c’est vrai, sur le dernier virage, elle a perdu le contrôle de son scootépé. Toi t’assures toujours !

Duweeling. Ton nouveau scootépé est hallucinant. T’es devenu imbattable. Plus personne pour te mettre à genoux.

Lagadec balaye la salle des yeux d’un air fatigué. Son regard s’arrête sur Pause.

Lagadec. Vous la connaissez cette fille ?

Job. Laquelle ?

Lagadec. La brune, celle de gauche, celle qui me regarde.

Duweeling. Elle ! C’est Pause ! La fille du patron ! La copine de Job !

Lagadec repousse Job, va vers Pause. Pause se lève, l’attend. Ils dansent quelques secondes puis quittent la scène. Fabo et Job restent pétrifiés.

*

Narrateur. Et Fabo, et sa famille, je crois pas qu’ils vont être d’accord. Ça je crois pas. Mais alors pas d’accord du tout. Je veux pas voir ça. Je veux pas.

*

Scène 7
Lafonfec Lagadec.

Armé d’un couteau, il va égorger Fabo, Ebony et Yvony.

*

Scène 8
Spitfire et les corps morts d’Ebony, d’Yvony et de Fabo

Douleur silencieuse de Spitfire.

*

Scène 9

Noir. Bruits de guerre, attaque aérienne.

*

Narrateur. Les Terres Inondées de l’Ouest sont tombées sous le joug du Nouvel Empire.
L’Ennemi a prit DakYra par surprise. Sa puissance armée à détruit toute résistance navale ou aérienne. DakYra vient d’être livrée au Gang de Lafonfec Lagadec et de son fidèle complice Jénold Arcassi.
Spitfire va-t-il renoncer à vivre ?

*

Scène 10
Spitfire.

Déchéance et solitude.

*

Scène 11
Lafonfec Lagadec, la foule, Pause.
Acclamations du nouveau Dictateur de DakYra.
Pause en retrait regarde la scène, le regard hagard.

La foule. Lagadec. Lagadec. Lagadec.

Lafonfec Lagadec. DakYriennes, DakYriens, aujourd’hui est un Grand Jour. Un Nouvel Ordre est né. L’Empire m’a confié ce matin le gouvernement de DakYra. Chers compatriotes, l’avenir de DakYra est entre mes mains. Pour vous et pour l’Empire, je saurai m’en montrer digne. Vive DakYra ! Vive l’Empire.

La foule. Vive Lagadec. Vive le Dictateur.

*

Scène 12

Passage d’hommes armés.

*

Narrateur. Spitfire est-il mort ? Non ?
Tu dors Spitfire ?
Tu rêves ?
Il n’y a plus que ce rêve inaccessible pour le pauvre Spitfire.

*

Scène 13
Spitfire, Lafonfec Lagadec, Arcassi, Pause.

Scène silencieuse. Rêve de Spitfire : Pause est assise, attachée, torturée.
Spitfire se bat contre Lagadec et Arcassi et libère sa nièce.

*

Scène 14
Spitfire.

Réveil de Spitfire. Résurrection.

*

Scène 15

Passage d’hommes armés.

*

Narrateur. Où vas-tu Spitfire ?
Chez Job ?
Mais c’est l’ancien petit ami de Pause. Mais oui, c’est cela.
Au cœur de la ville détruite, Spitfire est allé trouver Job.
Sacré Spitfire !

*

Scène 16
Job et Spitfire
Chez Job.

Job est allongé au sol. On frappe.

Job. Ouais !

Spitfire entre.

Job. (il sursaute, se précipite vers Spitfire) Spit !

Accolade.

Spitfire. Salut Job.

Job. Tout le monde te croyait mort.

Spitfire. Un peu oui. Comment tu vas toi ?

Job. Ouais…Bof ! Pause m’a quitté, i’ y plus d’un an. Juste avant que son père soit assassiné avec ta femme et ta f… Y a eu la guerre. T’as disparu. Les écoles ont fermé. J’ai arrêté les études. Alors, avec l’occupation et la dictature, je ne sors plus de chez moi. J’ai la trouille. Ça canarde dans les rues. Tu sors d’où toi ?

Spitfire. De la cave où j’ai croupi tout ce temps-là. J’ai fait un rêve. En fait, je suis venu te demander un petit service.

Job. Ah, ouais ! Quoi ?

Spitfire. M’aider à libérer Pause.

(Job a un haut-le-cœur)

Job. Quoi ? Tu rigoles, t’es malade ? Tu sais où elle est Pause ?

Spitfire. Chez Lafonfec.

Job. Chez Lafonfec Lagadec. Le Dictateur de DakYra. Le protégé de l’Empire. Le Chef des armées… Le…

Spitfire. Il n’y a que toi qui puisses m’aider sur ce coup-là !

Job. Après ce qu’elle m’a fait, tu veux que, moi, je t’aide à libérer Pause. Je ne sais pas si tu es au courant, mais, elle m’a largué pour ce dégénéré.

Spitfire. Et toi je ne sais pas si tu es au courant, mais c’est lui qui a égorgé toute ma famille.

Job. Et c’est chez ce dingue que tu veux m’envoyer !?

Spitfire. Pause est tout ce qu’il me reste. Et qui sait, elle rêve peut être de toi en ce moment. Je sais qu’elle est prisonnière de Lafonfec, maintenant. Il la retient contre sa volonté.

Job. Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

Spitfire. D’abord, on ne la voit plus avec Lafonfec lors de ses apparitions publiques, et ça depuis quelques mois. De plus, j’ai quelques renseignements.

Job. Et tu as une idée du nombre de gardes qui la protègent ?

Spitfire. Juste quinze.

Job. Juste quinze ! Décidément t’es complètement taré. Je ne suis pas flic, moi. Je suis jeune, moi. J’ai pas mon diplôme de Robocop. Y’a que toi d’invincible dans cette histoire. Et la vie c’est pas comme les jeux vidéo : quand t’es mort, t’es mort. Y a pas de touche replay.

Spitfire. Raison de plus.

Job. Mais t’as un plan au moins ? C’est une vraie forteresse là-bas.

Spitfire. J’ai tout prévu, t’inquiète. J’ai obtenu les plans de la résidence sur le réseau…et j’ai des armes aussi. On va passer par les égouts, puis par les bouches d’aération qui débouchent dans la salle principale, là on balance une bombe paralysante, on neutralise les deux ou trois gardes, on cherche Pause, on la trouve, on la libère, demi-tour et voilà.

Job. C’est du suicide ! Mais je viens avec toi. Pour Pause aussi.

Spitfire. T’inquiète pas, tu vas la retrouver ta chérie. Tu seras son héros invincible.

Job. Déconne pas.

*

Scène 17

Passage d’hommes armés. Spitfire et Job passent.

*

Narrateur. Où donc est Pause ?
Voilà des mois qu’on ne voit plus Pause aux côtés du Dictateur.
Notre Dictateur aurait-il renoncé à son amour ?
Non. Lafonfec Lagadec a peur. Lafonfec Lagadec a enfermé son amour. Lafonfec Lagadec séquestre tous ceux qu’il aime. Comme on cacherait un trésor. Comme on étouffe la vie pour mieux la protéger.
Il a chargé son fidèle complice Arcassi, de veiller sur elle.

*

Scène 18
Arcassi, Pause.

Pause désespérée, gardée par Arcassi immobile.

*

Scène 19
Spitfire, Job, Arcassi, Pause, Ridette allongée dans l’ombre.

Bagarre. Lutte des trois hommes. Arcassi est assommé. Pause s’est réfugiée près de Ridette. Elle l’aide à se relever.

*

Scène 20
Les mêmes.

Job et Spitfire entrent précipitamment.

Spitfire. Pause, je suis venu te chercher.

Job. Nous…

Spitfire. Viens vite.

Pause. (soutenant Ridette) Tonton, il faut l’aider.

Spitfire. C’est qui ?

Pause. C’est Ridette.

Ridette. Je suis la sœur de Lafonfec. Si vous me laissez ici, je vais crever. Emmenez-moi avec vous. Mon frère me séquestre. Il me bat. Il veut me faire mourir de faim.

Pause. Tonton, je viens si elle vient avec moi.

Ridette. Vous ne le regretterez pas.

Spitfire. Venez vite

*

Narrateur. Excusez-moi, j’avais oublié de vous dire que Lagadec avait une sœur.
Voilà, c’est fait.

*

Scène 21
Lafonfec Lagadec et le corps d’Arcassi assommé

Fureur du Dictateur.

Lafonfec Lagadec. Elle est où ? Elles sont où ?

Arcassi se réveille. Effrayé par la colère de Lagadec, il s’enfuit poursuivi par Lagadec.

*

Scène 22

Passage d’hommes armés très énervés.

*

Scène 23
Job et Pause
Dans un vieil entrepôt. Pause est assise. Job entre.

Job. Pause. Ça va ?

Pause. Pas très bien.

Job. Pourtant t’es mieux ici, non ?

Pause. J’en ai rien à foutre. Tu comprends pas ?

Job. Pourquoi ?

Pause. Pourquoi c’est toi qu’es venu me chercher chez Lafonfec ?

Job. C’était la moindre des choses. Tu étais malheureuse avec ce sale type.

Pause. Je t’interdis de parler de lui comme ça, tu le connais pas. Pourquoi tu m’as amené dans cet entrepôt minable de poissons pourris qui puent ?

Job. C’est notre planque. C’est un endroit sûr.

Pause. Avec toi ? Le poisson pourri et toi, y’a pas pire.

Job. Si. Lafonfec.

Pause. Non mais de quoi tu te mêles ? Pour qui tu te prends ? Quand je t’ai connu, tu n’étais qu’un petit étudiant minable, tout juste bon à fumer du Biscana. Tu croyais peut-être qu’en jouant les héros tu allais me retrouver dans tes bras. C’est ça ?

Job. Un peu oui.

Pause. Tu me dégoûtes. Je ne veux plus te voir. Tu comprends ? C’est pour mon oncle que je suis ici. Pour lui et pour Ridette.

Job. Et parce Lafonfec te séquestrait, t’as déjà oublié ?

Pause. C’est pas ton affaire. C’est mon problème. Tu comprendras jamais rien.

Job. Ce que je sais c’est que ce type est un tortionnaire, un criminel, un dictateur sans scrupule et sans limite, un dingue qui est retourné sur les Scootbouslims pour faire des massacres, qui s’engraisse dans un trafic de drogue mortelle, qui battait sa sœur, qui vous…

Pause. Tais-toi, mais tais-toi.

Job. Pourquoi t’as accepté de nous suivre ?

Pause. Je sais pas. Il m’avait enfermée. C’était tout embrouillé dans ma tête.

Job. Ouvre les yeux alors.

Pause. Quand j’ouvre les yeux, je te vois. Toi et ta planque pourrie. Tu pus.

Job. C’est pas moi, c’est le poisson.

Pause. Je ne sais plus où j’en suis. D’accord. Mais il y a une chose que je sais : je ne veux plus te voir. Ne t’approche plus de moi. Ne me parle plus. Tu n’existes plus. Dégage. Laisse-moi réfléchir.

Job. (en sortant) Si tu peux encore. T’as la tête lavée. T’as été subjuguée ou droguée.

Pause. (Seule) Amoureuse. Seulement amoureuse.

*

Narrateur. On savait, nous, que ça ne marcherait pas. Ça ne pouvait plus marcher.
C’était évident. Non ?

*

Scène 24
Duweeling et Petit Diable

Petit Diable. Duweeling faut qu’on parle.

Duweeling. De quoi ?

Petit Diable. C’est sérieux.

Duweeling. Hein ?

Petit Diable. C’est plus possible.

Duweeling. Quoi ?

Petit Diable. Parce que pour toi c’est la belle vie ?

Duweeling. Tu stresses là. ?

Petit Diable. Regarde-nous. Regarde autour de nous. Là. Tu vois pas ?

Duweeling. T’es tout tendu. Tu veux une dose ?

Petit Diable. Arrête tes conneries. Tu sais très bien que cette saloperie est mortelle. Ils l’ont trafiquée. Duweeling. Combien on a tué de pauvres types avec cette merde ?

Duweeling. Putain. T’es mal là ?

Petit Diable. Ouvre les yeux. Ça fait trois ans qu’on trafique pour Arcassi. Au début c’était rigolo, 15%, le fric facile, c’était pas méchant. Et Lafonfec est arrivé. Et la guerre. Et le Boss est devenu super Boss, méga Boss, giga parano. Aujourd’hui c’est 5%. C’est des mecs qui surveillent les mecs qui nous surveillent.

Duweeling. Faut admettre…

Petit Diable. Y a pas que ça. Je peux plus ramasser les cadavres dans les rues, pourris de Biscana ou flingués par les soldats de Lafonfec. Les types qu’on retrouve la gueule défoncées par les coups. Putain, les cris dans les caves du ministère…

Duweeling. J’aime pas parler de ça. Qu’est ce que tu peux changer à ça ?

Petit Diable. Ecoute. J’ai entendu des trucs au Scootbouslim. Ça bouge là-dedans. Depuis que Lafonfec organise des accidents mortels, les types i’ suivent plus. Ça bouge je te dis.

Duweeling. De quoi tu parles?

Petit Diable. De la Résistance mec. De la résistance. Ouvre grand tes oreilles : moi je vais y entrer.

Duweeling. Sans moi ?

Petit Diable. Avec ou sans toi. Je peux plus vivre comme ça. Dans la merde. Quitte à crever que ce soit là-haut, dans la lumière. Tu me suis ?

Duweeling. Parce que tu crois que je vais te laisser faire une connerie sans moi ? Bien sûr que je te suis, espèce de salopard. Et vive la Liberté !

Petit Diable. Tais-toi. Merde.

Duweeling. Excuses.

*

Scène 25
Ridette, Norette
Près du Scootbouslim de DakYra

Ridette. Oh ! Norette !

Norette. Ridette !

Ridette. Salut, Norette.

Norette. Ridette. Je suis contente de te voir. Toujours aussi imprévisible.

Ridette. Toi, t’as changé. Ça fait plus d’un an. C’était avant la guerre. Alors, t’es toujours dans le scootépé ?

Norette. Plus que jamais. Je suis professionnelle maintenant. Première au dernier championnat du Scootbouslim.

Ridette. Je sais. Je le savais. J’y ai toujours cru. (Silence) Norette, il faut que je te dise quelque chose.

Norette. Dis.

Ridette. Tu connais mon frangin ?

Norette. Lafonfec Lagadec ! Tu veux rire ?

Ridette. L’Empire. La dictature. Tout ça…

Norette. Ton frère court dans ma grille de départ. Ce salopard est un fou furieux, même sur les circuits. Rien qu’hier, il m’a poussé en plein looping, au moment où j’activais les super-réacteurs nucléaires chargés au Nos. J’ai redressé mais…

Ridette. Norette. Attends.

Norette. Pardon. Vas y.

Ridette. C’est à mon amie d’enfance que je suis venue parler. Je peux avoir confiance en toi ? Je veux dire, c’est une question de confiance absolue.

Norette. Eh oh ! Dis-moi.

Ridette. Nous ne sommes pas nombreux mais nous avons besoin de toi. J’ai pensé à toi.

Norette. De quoi tu parles ?

Ridette. De la résistance. Contre la dictature. Contre Lagadec.

Norette. Contre ton frère !

Ridette. C’est ça.

Norette. Et moi qui croyais que t’avais attrapé la grosse tête avec un frère dictateur. Je ne t’ai pas revue depuis que l’Empire lui a livré DakYra.

Ridette. Il me séquestrait. Il a torturé mon père. Notre père. Il l’a torturé à mort.

Norette. Je n’ai aucun état d’âme envers ce type. Je me souviens comme il te maltraitait autrefois. Je me rappelle le jour où il t’a envoyé à l’hôpital avec deux côtes pétées. Et la fois où il t’a tabassée et que t’osais plus venir au lycée avec ta tête pleine de bleus et de bosses. Et encore la fois où…

Ridette. Arrête ! Putain, là ! Je ne suis pas venue pour que tu me refasses la liste. Ça a été pire après. Alors m’emmerde plus avec ça.

Norette. Pardon. Je ne voulais pas te blesser.

Ridette. Je me suis évadée. Des amis m’ont sortie de là. Maintenant il faut agir. On a besoin de toi. On a besoin de fric. Avec toute cette chianli, il n’y plus que les courses de scootépé qui rapportent. Avec tes championnats, ton salaire doit être d’environ un million de pisiers par course.

Norette. Un million deux. Pour quoi faire, le fric ?

Ridette. On a besoin d’armes, de véhicules. Il faudra financer le réseau. J’ai pensé à toi. Tu comprends ?

Norette. Si tu es prête à te battre contre ton frère, contre ce suppôt de l’Empire, je ne vois pas pourquoi moi, j’hésiterais une minute. A la vie à la mort, petite sœur. Comme autrefois. Mon fric est à vous. C’est quand vous voulez.

Ridette. C’est maintenant. Viens, que je te présente à Spitfire.

*

Scène 26
Duweeling, Petit Diable, Job, Spitfire, Ridette, Norette, Pause (silencieuse et indifférente)
L’entrepôt vide

Duweeling entrent seuls.

Duweeling. T’es sûr que c’est le bon entrepôt ?

Petit Diable. Je sais pas moi. On a qu’à renter. Allez viens.

Duweeling. C’est pourri ici. Putain c’est noir, ça pu le poisson. C’est immense. Vide.

Petit Diable. Hé oh ! y a quelqu’un ?

Duweeling et
Petit Diable. Ho ! Ho !

(Job entre silencieusement)

Job. (Fermement) Retournez-vous face au mur.

(Il vient vers eux, les plaque au mur et les fouille)

Job. Qui êtes-vous ? Que faites- vous ici ?

Petit Diable. On m’appelle Petit Diable. Mon pote c’est Duweeling.

Duweeling. On est venu pour la résistance.

Job. Quelle résistance ?

Petit Diable. La résistance à l’Empire, contre la dictature, contre Lafonfec quoi.

Job. Il n’y a pas de résistance ici.

Duweeling. (à Petit Diable) Tu vois bien. C’est du délire ton truc.

Petit Diable. J’ai pas rêvé. Mec. Je sais ce que je dis. Lafonfec est sur les nerfs depuis que sa sœur est partie. I’ paraît que les résistants ont enlevé sa chérie. Ils existent les résistants.

Job. Tu connais Lafonfec ?

Duweeling. On travaillait pour lui et pour Arcassi. On est des dealers de Biscana.

Petit Diable. On était. On n’est plus.

(Les autres entrent en silence)

Job. Qui vous à parler de cet entrepôt ?

Petit Diable. Des types en parlaient dans le bar du Scootbouslim. Des types réglos qui travaillent dans l’écurie de la nouvelle championne. On est des amateurs de scootépé aussi. On fréquente le milieu. Ça bouge là-dedans depuis que Lafonfec est revenu mettre sa zone.

Spitfire. Et qui nous dit que vous n’êtes pas des espions ?

Duweeling. Rien. Y a que nous. C’est Petit Diable. I’ dit qu’i’ faut réagir. Que ça suffit cette merde.

Petit Diable. C’est devenu invivable. On vendait de la merde. C’est l’esclavage, c’est la mort, ça pu, tout ça on n’en veut plus.

Duweeling. Moi aussi je dis qu’i faut se battre. Pour la liberté quoi.

Petit Diable. Si on était des espions on ne serait pas venu tout seul et désarmé. On a fait gaffe. Personne nous a suivis. Mecs, faut nous croire.

Norette. Et qu’est-ce que vous comptez apporter à la résistance ?

Duweeling. Putain, i’ sont combien là-dedans ?

Petit Diable. On connaît Lafonfec, son réseau, ses collaborateurs.

Duweeling. Nous aussi, on a des potes. On peut créer un réseau de renseignements. On n’a pas froid aux yeux. On sait se battre.

Spitfire. La résistance c’est la guerre. C’est dangereux, pour les combattants et surtout pour les traîtres.

Petit Diable. On sait ça. Mettez-nous à l’épreuve.

Ridette. Vous m’avez fait confiance, à moi. Pourquoi pas à eux ?

Norette. Elle a raison.

Spitfire. Ceux qui sont d’accord lèvent la main.

(Ils lèvent tous la main)

Spitfire. C’est bon. Retournez-vous.

(Ils se retournent. Les autres leur serrent la main, nommés par Spitfire qui finit par leur tendre la main à son tour.)

*

Scène 27
Spitfire, Job, Ridette, Norette, Duweeling, Petit Diable, Pause (silencieuse et indifférente), Fadi et Michana.

(Norette interpelle Spitfire)

Norette. Spitfire. Je peux te parler ? C’est important.

Spitfire. Je t’écoute.

Norette. J’ai fait venir deux personnes.

Spitfire. Qui ?

Norette. Deux mécaniciens. Fadi Elzoï et sa fille Michana.

Spitfire. Tu fais venir deux personnes sans me prévenir. Et il arrive quand ce Fadi…

Norette. Elsoï. Fadi Elsoï. Et sa fille. Ils sont mécaniciens de scootépé. Les meilleurs du Scootbouslim. Ils arrivent. Les voilà. Laisse-les entrer, je t’en prie.

(Spitfire fait un geste. Norette va chercher Fadi et Michana et les fait entrer)

Spitfire. Stop. Retournez-vous. Présentez-vous.

Fadi. Je m’appelle Fadi Elsoï. Et voilà ma fille.

Michana. Michana.

Spitfire. Votre profession ?

Norette. Je t’ai dit, ils sont…

Spitfire. C’est à eux que je pose des questions.

Fadi. On est mécanicien. Ma fille est mon apprenti. Je lui ai tout appris.

Spitfire. Tout ?

Fadi. On sait tout faire. On peut vous être utiles. Norette nous a dit…

Michana. Ils ont tué ma mère. Un sbire à Lafonfec l’a égorgée.

Fadi. Devant la petite, il l’a égorgée.

Michana. Alors quand Norette nous a parlé de la résistance…

Job. Et vous lui apporterez quoi à la résistance ?

Michana. Notre savoir-faire : manipuler l’énergie solaire, le nucléaire, réparer toutes les mécaniques, transformer, inventer. On peut s’occuper des armes, des véhicules, saboter ceux des autres.

Fadi. On ne veut plus travailler au Scootbouslim. Lafonfec fait régner la terreur partout, même dans les ateliers. La petite est sous pression. Il faut arrêter tout ça. Ce Lafonfec est tout sauf un homme bien. Il faut nous prendre monsieur.

Norette. Je me porte garante.

Ridette. Elle se porte garante.

(Spitfire regarde longuement Norette)

Spitfire. Retournez-vous. (Silence) Vous êtes les bienvenus.

Job. Super bienvenus ! Ouais !

*

Scène 28

Passages silencieux d’hommes armés et de Résistants.

*

Scène 29

Noir.
Bruit de batailles de rue. Explosions. Courses. Cris.

*

Scène 30
Spitfire, Job, Ridette, Norette, Duweeling, Petit Diable, Fadi, Michana.

Ils courent, se cachent, se plaquent au sol, rampent, se rejoignent, se soutiennent.

*

Scène 31
Les mêmes.

Noir. Lumières dans la nuit.

*

Scène 32.
Noé, les mêmes (sauf Pause).
Quelque part dans la pénombre

Michana. Là ! Regardez.

Noé. Arrêtez mes enfants !… Arrêtez tout. C’est peine perdue. Regardez-vous. Vous êtes malades, épuisés.

Fadi. C’est quoi ça ?

Noé. Je viens vous aider. Il faudra bâtir une nouvelle Arche. Je vous conduirai. Il faut partir chercher de l’aide pour combattre l’Empire et le Mal qui ronge DakYra.

Duweeling. Hé ! Ho ! Ho ! T’es qui toi ? Qu’est-ce que tu raconte ? D’où qu’ t’es toi ?

Petit Diable. Présente-toi d’abord. Et raconte ton histoire calmement.

Noé. Mon nom est Noë. J’ai six milles cinq cents ans.

Job. Ouaou !

Noé. J’ai connu les deux Déluges. Je suis un témoin des âges et des grands combats. J’ai connu les défaites et les recommencements. Je connais la Mort et la Renaissance.

Job. Comment il fait pour éclairer comme ça ?

Ridette. Chut. Tais-toi.

Noé. Aujourd’hui, la race des Hommes est menacée comme jamais. DakYra est promise à la destruction totale. Vous ne pourrez pas résister longtemps ici, mes amis.
Ce Lagadec n’est rien, c’est un serviteur. Un simple serviteur. Les forces en présence le dépassent. Elles nous dépassent tous.
Il n’y a qu’une solution : la fuite.
Si vous voulez sauver le monde, en toute modestie, il faudra partir. Chercher du secours ailleurs. Vous devez le faire. DakYra n’est plus.

Norette. Où devons-nous aller, Grand-Père ?

Noé. Je dois vous conduire à l’île de La Vie Primitive. Là où nous attendent les frères de la Première Alliance. Je ne vous promets pas la Paix. Je vous promets des Alliers pour combattre l’Empire de l’extérieur. Ici vous ne pouvez plus rien.

Ridette. Que devons-nous faire ?

Noé. Il faudra construire un Navire qui emportera tous les Résistants de DakYra. Je vous aiderai.

Job. Nous allons construire une… une Arche. Oui. Une Arche. C’est génial ça… une Arche ! Yaouou ! (Les autres le regardent étonnés) Ben quoi, c’est vrai ! (Noé sourit)

Fadi. Vous êtes notre dernier espoir.

Spitfire. Nous vous suivons vieil homme.

*

Narrateur. C’est épatant ça !
Un fantôme qui débarque comme ça. Un type d’avant le Déluge. Et pas n’importe lequel, le premier Déluge. Celui dont on ne se rappelle même plus. C’est inouï ça.
« Et voilà. C’est moi ! Suivez-moi vers la terre promise. »
Un autre avait fait ça déjà, non ?
Un vague souvenir, j’en ai un vague souvenir.

*

Scène 33
Job et Michana (les autres sont silencieux)
Chantier de construction du navire.

Tout le monde s’active autour d’un vieux chalutier.

Job. Ça avance. J’en reviens pas que ça avance comme ça. J’aurais jamais cru participer à un tel chantier. Transformer un vieux chalutier en Arche. C’est absolument dément. Michana, ton père est un génie. Et toi…

Michana. Et moi ?

Job. Tu veux de l’aide ?

Michana. Tu peux serrer ça, pendant que je visse.

Job. (Il vient l’aider, un peu troublé) C’est un peu rouillé. C’est ça. Normal, avec l’eau salée.

Michana. Là tu peux lâcher. Merci.

Job. Oui. Pardon. T’as de belles mains pour une mécanicienne. Je veux dire. Tu es une bonne mécanicienne.

(Silence)

Michana. Ça va mieux avec Pause ?

Job. Ça n’a jamais été pire. C’est fini. Vraiment fini. Elle est malade cette fille. Je n’ai plus rien à lui dire. Nous n’avons plus rien en commun. Toi…

Michana. Moi ?

(Silence)

Job. Ça fait huit heures qu’on bosse. J’ai besoin d’une pause.

Michana. (Elle rit)

Job. Je veux dire. Michana. Tu n’es pas fatiguée ? Tu n’as pas arrêté depuis qu’on a renfloué le chalutier. Vous êtes partout ton père et toi.

Michana. (Elle le regarde)

(Silence. Job regarde vers la mer.)

Job. (Très troublé) Sur le port. Il y le coucher du soleil.

(Michana vient se mettre à côté de lui, elle regarde la mer.)

Job. Je veux dire. Sur la mer le soleil se couche. Et puis il y a tes cheveux. Je veux dire les couleurs du soleil dans tes cheveux la mer l’eau. Tu veux ?

Michana. Quoi ?

Job. Avec moi sur le port regarder le soleil la mer qui se couche.

Michana. Tais-toi.

(Elle le prend par la main. Ils quittent la scène)

*

Narrateur. Sacré Job !

*

Scène 34
Spitfire, fantôme de Noé, Job, Ridette, Norette, Duweeling, Petit Diable, Fadi, Michana, Pause (silencieuse)

Dans l’entrepôt. Spitfire et Noé sont debout, les autres sont assis, sauf Duweeling et Petit Diable qui surveillent les alentours de l’entrepôt. Pause est prostrée.

Spitfire. Nous partons ce soir. Je vous ai réunis pour faire un dernier bilan. Mais avant tout, je voudrais donner la parole à Noé.

Noé. Mon cher Capitaine, puisqu’il faut vous nommer ainsi maintenant. Mes chers enfants. Le temps est venu pour moi, de vous indiquer la route à suivre. Vous m’avez fait confiance. Votre navire est prêt. Je puis vous conduire maintenant jusqu’à l’Ile de la Vie Primitive. Nous mettrons cap à l’ouest, sous le vent portant. Puis après la Barrière de Mernalien, nous descendrons vers le sud. La route ensuite doit rester secrète. Le voyage durera quarante jours et quarante nuits.

Job. Ah ! tiens ?

Michana. Job !

Noé. Nous ferons cependant escale sur l’Ile de l’Etoile d’Argent, une île inconnue des simples mortels, vestige de la première civilisation d’avant Babel. Nous pourrons nous y ravitailler.

Spitfire. Job et Ridette où en est le ravitaillement ?

Job. Tout est au point, chef. Heu ! Capitaine.

Ridette. Il y aura deux repas par jour : le premier vers 9 heures et le second vers 19 heures. Nous avons prévu 3 litres d’eau par jour et par personne. Mais, il n’y a que dix-huit jours de réserve. C’est le temps que Noé a prévu jusqu’à l’Etoile d’Argent.

Job. Espérons qu’on arrivera à l’heure.

Ridette. Par contre nos réserves en nourriture sont plus sûres : boîtes de conserves de fruits et de légumes…

Job. … récupérées dans les casernes, les vieux hôtels, les restaurants abandonnés…

Ridette. On a du riz pour tenir deux mois. Pour le poisson, il y a les filets.

Job. Normal sur un chalutier !

Spitfire. Parfait.
Norette, l’aménagement est-il terminé ?

Norette. Tout à fait achevé. Les dortoirs ont été installés dans les cales de tribord et bâbord. La proue est réservée à l’hôpital et la poupe au ravitaillement.

Spitfire. Tout le réseau a-t-il été contacté ?

Petit-Diable. Les femmes et les enfants sont déjà installés. Les hommes sont en train d’embarquer avec le reste du matériel et des armes. Il n’y a plus que nous sur le port.

Spitfire. Nous devons rester vigilants. Nous avons, jusqu’à maintenant, su protéger notre chantier. Mais je crains que nous soyons repérables maintenant que nous avons mis notre vieux chalutier à l’eau.
Fadi, tout est-il opérationnel ?

Fadi. On n’attend plus que vos ordres, Capitaine.

Michana. Tous les panneaux solaires sont installés. Ils alimenteront deux turbines. Nous avons prévu trois petites piles à uranium en cas de mauvais temps. Les moteurs ont été testés ce matin.

Fadi. L’hélice et le gouvernail sont fonctionnels.

Spitfire. Nous sommes donc prêts.

Tous. Ouais ! Vive Spitfire ! Vive Noé ! Vive la Liberté !

Noé. Si je puis me permettre, Capitaine. Je voudrais ajouter quelques petites choses. Maintenant que tout le monde est prêt. Que le courage et l’espérance sont revenus. Je dois vous mettre en garde contre les quelques dangers qui vous guettent encore : lorsque nous aurons quitté l’Etoile d’Argent, il nous faudra faire face aux vents de la Mer des Tempêtes. Mais auparavant nous aurons affronté les Corzards, ces monstres mutants, descendants des Léviatants du temps jadis. Ils sont bien plus terribles encore.

Job. C’est cela, oui !

Ridette. Rien ne pourra plus nous arrêter maintenant.

Les autres. Ouais !

Noé. Je n’en attendais pas moins de vous, mes enfants.

Spitfire. Nous pouvons embarquer, maint…

Duweeling. Les mecs ! Nous sommes encerclés ! Les soldats de Lafonfec !

Noir.

*

Scène 35

Noir. Bruits d’armes à feu. Cris de Spitfire.
Spitfire. Au navire ! Embarquez. Vite ! Fadi, les moteurs en marche ! Ridette avec moi. Duweeling, Petit Diable couvrez la passerelle.

Course.

*

Scène 36
Hommes en armes, Spitfire, Ridette, Duweeling et Petit Diable.

Lutte armée. Blessures de Ridette et de Duweeling.

*

Scène 37
Les mêmes, Lafonfec Lagadec, Pause.

Apparition de Lafonfec Lagadec.

Lafonfec Lagadec. Pause ! Pause !

Apparition de Pause qui court vers lui.
Spitfire tente de la retenir. Elle se dégage et rejoint Lagadec.
Noir.

*

Narrateur. Dommage !

*

Scène 38

Bruit d’eau, de vagues contre une coque de navire.

*

Scène 39
Spitfire, fantôme de Noé, Job, Ridette, Duweeling, Petit Diable, Fadi, Michana.

Dernier tableau silencieux.
Spitfire au centre.
Fantôme de Noé au fond.
Ridette blessée dans les bras de Fadi.
Duweeling soutenu par Petit Diable.
Job et Michana forment un couple amoureux.

*

Narrateur. Ils sont beaux comme ça, non ?
Moi j’aime ça.
Le vent. La mer. L’espoir. Tout ça.
C’est beau.
Oui !

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