Henriette

henrietteParu chez Christophe Chomant Éditeur, juin 2009.

Récit érotique de Sandrine H.

D’une nature sensuelle et généreuse, Henriette sait pourtant peu des choses de l’amour et du plaisir.

En cette année 1913, la chance met sur sa route un mystérieux inconnu qui saura l’éveiller. Initiée, elle apprendra à devenir libre, maîtresse d’elle-même et de ses choix, artisane de son destin et de son bonheur conjugal…

Le roman en ligne : Henriette par Sandrine H.

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Crédit photo : Anna ORA

 

EXTRAIT

Début du CHAPITRE 1

Les Gants

Elle avait longuement contemplé la dernière fraise, humé son parfum, embrassé sa peau fine, irritant ses lèvres aux grains velus, palpé la pulpe de sa chair rouge, avant d’y mordre à pleines dents.
Puis elle avait reposé la petite collerette étoilée, avec les autres, sur la coupelle cachée sous le comptoir depuis le matin.
Dans la petite psyché, elle avait essuyé le coin de ses lèvres.

Henriette était jolie.
La nuque fine. La peau fraîche. Les joues rondes. Les cheveux soyeux relevés en un lourd chignon. Le corps plein. C’était une jeune femme gracieuse et élégante. Habillée avec soin, comme se devaient de l’être les trois jeunes employées de Madame Mercier, de Mercier & Mercier, Modes et Chapeaux.
Madame Mercier était une commerçante exigeante, sévère avec ses employées, aimable mais sans ostentation avec la clientèle. Chaque premier mercredi du mois, Madame Mercier se rendait à Paris, par le train de 9h10, pour y rencontrer ses fournisseurs et déjeuner chez son frère. Elle n’en revenait qu’après la fermeture du magasin.
Ce mercredi-là, Henriette était seule à la boutique. Lucie était au chevet de sa mère malade et RoseMarie avait pris son congé.
Quand la clochette de la porte retentit, Henriette, la bouche encore sucrée, était affairée à ranger les chapeaux qu’une vieille ennuyeuse avait voulu tous essayer sans jamais s’être décidée.
C’est au bruit des talons qu’elle se retourna. Ce qu’elle vit d’abord furent les bottines de cuir souple, puis le pantalon fuseau d’une coupe irréprochable. La redingote aussi était d’une grande élégance. L’homme portait une moustache fine. Son maintien était noble et raffiné.
Voilà un client qui ne regardera pas à la dépense, se dit Henriette.
Il s’avança, ôta son chapeau haut de forme qu’il posa sur le comptoir de bois ciré et retira lentement ses gants, de grande qualité, reconnut Henriette.
Celui-là saura ce qu’il veut, songea-t-elle encore.
– Que puis-je pour vous, Monsieur ?
– Des gants.
– Pour vous ou pour votre Dame ?
– Pour moi.
– Puis-je voir vos mains, Monsieur ?
Il avait les mains fines et délicates, douces et chaudes, se surprit-elle à penser. Il sentait bon.
– De quelle couleur les souhaitez-vous ?
– Beurre frais. Et en soie. De la meilleure qualité, mademoiselle.
– Je n’en doute pas, monsieur.
– Montrez-moi ce que vous avez de plus cher.
Il avait une voix grave, vibrante et enveloppante.
– Tout de suite, Monsieur.
Henriette dut aller chercher l’escabeau de bois. Les gants les plus chers étaient toujours les plus inaccessibles. L’emplacement des articles devait respecter la hiérarchie sociale de la clientèle, tenait à redire Madame Mercier. Pour les gens de la haute, les hauteurs inaccessibles.
Grimpée sur l’escabeau, Henriette dut se mettre sur la pointe des pieds. Elle rosit quand elle remarqua que l’homme regardait ses chevilles. Elle s’inquiéta même de savoir s’il n’avait pas pu entrapercevoir ses mollets, qu’elle avait joliment ronds. Cette pensée la perturba. Elle lâcha la boîte qu’elle avait attrapée. Redescendit précipitamment. S’excusa. Replaça une mèche qui s’était échappée de son chignon. Rouge de confusion cette fois, elle présenta enfin sur le comptoir, les gants enveloppés dans leur papier de soie. Il était rare qu’elle proposât ce genre d’article. Elle s’émut de leur douceur.
Elle n’osa pas regarder l’homme dans les yeux quand il enfila le gant droit. Elle resta, un instant, subjuguée par les doigts agiles de l’homme. Il caressait délicatement son index et son majeur avec son pouce.
Puis, il avança sa main tout près du cou d’Henriette, effleurant la dentelle de son col.
– La couleur va très bien à votre teint, Mademoiselle. Auriez-vous, quelque chose qui aille avec la couleur profonde de vos yeux, ou celle plus chaude encore de vos cheveux ?
Henriette resta sans voix. Quelque chose dans sa gorge s’était nouée et la peau de son visage et de sa poitrine la brûlait.
Elle balbutia. Perdit un peu l’équilibre. Il lui prit alors la main au-dessus du comptoir et plongeant son regard dans le sien, il murmura :
– Je cherche toujours le meilleur, Mademoiselle.
Il avait les yeux noirs et profonds, de longs cils recourbés, le nez aquilin, l’arcade parfaite, le poil noir et luisant. Dans son regard étaient l’apaisement et la force devant lesquels rien ne résiste, tout s’abandonne, ploie et se livre avec ravissement. De son souffle, de son cou, de toute sa personne venait un parfum subtil, plaisant. Captivant.
Elle finit par articuler :
– Je vais voir ce que je peux faire, Monsieur.
Elle remonta maladroitement sur son escabeau. Elle tremblait.
– Je crains que vous ne tombiez, Mademoiselle. Permettez-moi.
Il passa alors calmement derrière le comptoir.
– Je vous tiendrai l’échelle.
– Ne vous dérangez pas pour moi. Je vous en prie.
– Ce n’est rien, tout le plaisir est pour moi.
Quand, il enserra ses chevilles entre ses mains, Henriette fut instantanément paralysée. La chaleur remonta alors tout au long de ses jambes et son cœur se mit à battre comme un possédé, à résonner dans tout son corps, jusqu’à ses tempes, jusqu’à ses mains qui tremblaient. Sa vue se brouilla. Elle était incapable de trouver le tiroir dans lequel elle devait chercher les gants. Quels gants d’abord ? Est-ce qu’elle savait quels gants elle était censée choisir ?
[…]

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